Xavier Chojnicki : "Equilibre du régime de retraite par répartition : la croissance sinon rien"
Xavier Chojnicki, Professeur d’économie à l’université de Lille (LEM-CNRS) et chercheur associé à la Chaire Transitions Démographiques, Transitions Economiques

"Le système français de retraite par répartition fait face à un défi de taille : comment absorber le choc démographique découlant du départ à la retraite des générations du baby-boom et de l'augmentation de l'espérance de vie ? En effet, ce qui résulte à priori d’une bonne nouvelle – nous vivons de plus en plus longtemps – modifie en profondeur la structure démographique en accroissant par exemple d’un tiers le nombre de retraités que devra prendre en charge chaque actif d’ici 2070.

Doit-on être inquiet ? La réponse est mitigée si l’on en croit le dernier exercice de projection réalisé par le Conseil d’Orientation des Retraites en juin dernier. En effet, s’il est acquis que le système fera face, en l’absence de réformes nouvelles, à des déficits sur le moyen terme – le temps d’absorber le départ des générations nombreuses du baby-boom – la situation est clairement différente à long terme. Celle-ci devient entièrement dépendante des hypothèses de croissance retenues. Avec 1,5% de croissance annuelle du PIB, l’équilibre serait assuré à partir de 2045 et le système de retraites dégagerait même de légers excédents à long terme. Si la croissance économique est amputée d’un demi-point, alors le système est en perpétuel déséquilibre ; le déficit annuel atteignant 1,5% du PIB en 2070.

Cette dépendance à la croissance n’est pas nouvelle. Elle trouve sa source dans le fonctionnement d’un régime par répartition dont le rendement à long terme dépend de la croissance démographique et économique. Elle a même été amplifiée par les réformes menées depuis 1993 avec l’indexation sur les prix des salaires servant de base aux calculs des pensions mais surtout avec l’indexation des pensions liquidées sur les prix. Ainsi, plus la croissance économique est forte et plus le niveau relatif des pensions tend à diminuer. Drôle de paradoxe que de compter sur la croissance pour contenir la progression des dépenses en direction des retraités."