"La CGT doit retrouver une manière d’être audible"
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Quel bilan tirez-vous de l’action de Philippe Martinez ?

Sa légitimité n’était pas issue d’un congrès, mais d’une élection rocambolesque. Philippe Martinez ne pouvait donc pas gouverner seul, mais en s’appuyant sur d’autres. C’est quelqu’un qui écoute les différentes sensibilités et fait la synthèse. Mais il était compliqué pour lui d’imprimer une marque très personnelle dans une centrale très divisée. Dans le bureau confédéral, une frange souhaite revenir aux fondamentaux de la CGT, à un syndicalisme de lutte, alors qu’une autre partie est plus portée sur la représentation institutionnelle, la recherche de consensus. Il a dû ménager la chèvre et le chou, composer.

Philippe Martinez dresse un certain nombre de mea culpa dans le rapport d’activités…

Il a fait de l’institutionnalisation de la CGT une question de congrès. C’est une nouveauté. Un des problèmes de la CGT de la dernière période, c’est la distanciation entre la base et la confédération. Des changements introduits n’ont pas fait l’unanimité, comme l’ouverture au dialogue, le syndicalisme rassemblé, la crainte étant la dilution des revendications. Sous Bernard Thibault, le pouvoir s’est présidentialisé, les baronnies se sont multipliées. Des bastions comme les Ports et docks ou l’agroalimentaire vivaient leur vie. C’est une CGT éclatée qui sort de ces 25 dernières années.

Pourquoi la CGT est-elle si isolée ?

Le retour à ses fondamentaux produit une forme d’isolement. La ligne réformiste est mieux identifiée et paye davantage. La crise Lepaon a également porté un coup très fort à son image dans l’opinion publique et à sa crédibilité. Entre 45 000 et 80 000 adhérents ont quitté la centrale. Elle est de plus confrontée à un renouvellement du salariat qu’elle ne maîtrise pas. Quand elle était proche du parti communiste, la CGT avait une colonne vertébrale, les clivages politiques existaient et ne se limitaient pas à des querelles de personnes comme c’est le cas à présent. En coupant les liens avec le PC, Louis Viannet et Bernard Thibault n’ont pas redonné une ligne de conduite au syndicat.

Quel est sont principal défi ?

La CGT doit retrouver une manière d’être audible. C’est encore la première organisation syndicale en France mais elle a le plus grand mal à se faire entendre. Sur la loi travail qui entend-on ? Les citoyens ! Voire la CFDT qui fait des contre-propositions. Leur stratégie d’action ne fonctionne plus. Le meilleur discours syndical, c’est aujourd’hui le FN qui le porte. C’est regrettable. Il capte les voix de ses militants. La CGT est l’un des syndicats où le partage des votes aux élections est le plus éclaté. Quelle colonne vertébrale adopter quand il n’y a pas d’homogénéité politique ?