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Les salariés d'Amazon échouent à lancer un syndicat en Alabama

Syndicats | publié le : 09.04.2021 | Lys Zohin

Selon les chiffres rendus publics par le National Labor Relations Board, l'agence indépendante chargée de superviser les pratiques dans le monde du travail, si les salariés d'un entrepôt d'Amazon, à Bessemer, en Alabama, ont voté, pour 738 d'entre eux, en faveur d'un syndicat, 1.798 se sont en revanche prononcés contre, soit, au total, environ la moitié des salariés qui pouvaient s'exprimer. Et alors qu'Amazon avait d'entrée de jeu contesté la validité de plusieurs centaines de bulletins, le syndicat du commerce de gros, de détail et de la distribution, qui cherchait à représenter les salariés de cet entrepôt d'Amazon, a déjà annoncé faire appel de ces résultats. Il se fondera sur les agissements d'Amazon, qui a tout fait, selon lui, pour inciter les salariés à rejeter l'idée d'une représentation syndicale, à coup de réunions dignes de lavages de cerveaux, d'affichettes jusque dans les toilettes et de SMS à répétition, sans oublier une boîte aux lettres installée dans les locaux, laissant présager, aux yeux de certains, une surveillance du vote de la part de l'employeur, ce qui va à l'encontre des directives du National Labor Relations Board. « Amazon a tout fait pour manipuler ses salariés, a déclaré Stuart Appelbaum, le président du syndicat. Nous ne pouvons pas laisser ces façons de procéder, illégales, sans réponse. » Le géant du e-commerce a eu le succès modeste, mais a rejeté l'idée qu'il avait cherché à intimider ses salariés. Si le syndicat avait réussi à s'implanter dans cet entrepôt, Amazon, deuxième employeur des États-Unis (avec plus de 800.000 salariés), aurait dû négocier avec ses représentants sur des questions allant des salaires dans l'entrepôt aux conditions de travail, souvent dénoncées comme inhumaines, sous un management peu bienveillant. Dans un État du sud des États-Unis, notoirement rétif aux syndicats et dans une entreprise particulièrement allergique à cette forme de représentation, cette implantation syndicale aurait créé une onde de choc dans tout le pays et aurait pu être imitée dans d'autres États et d'autres entreprises. Compte tenu des dispositifs législatifs largement en faveur des employeurs, Rebecca Givan, spécialiste des syndicats à l'université Rutgers, a déclaré dans la presse qu'elle n'était pas surprise de la défaite syndicale. « Les employeurs ont un avantage énorme, a-t-elle expliqué. Ils peuvent dépenser quasiment autant qu'ils veulent pour faire dérailler toute tentative de syndicalisation. Ils ont un accès illimité aux salariés et peuvent les bombarder de messages anxiogènes. » Au point, d'ailleurs, qu'elle estime que l'administration Biden – le nouveau président américain s'étant déclaré en faveur d'un syndicat à Bessemer – pourrait être tentée d'infléchir la loi.

Auteur

  • Lys Zohin