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Consultation CFDT : "Les syndicats peuvent mourir s’ils n’évoluent pas"

Syndicats | publié le : 17.06.2022 | Benjamin d'Alguerre

Les résultats de l’enquête "Parlons engagement" dévoilée lors de la clôture du congrès de Lyon de la CFDT offrent quelques clés pour comprendre les conditions de l’engagement syndical à un horizon de dix ans. Les sondés veulent un syndicalisme combatif, mais aussi ouvert sur les questions de société.

Les syndicats peuvent-ils mourir ? "Oui, s’ils ne se transforment pas", affirment 63 % des adhérents syndicaux interrogés dans le cadre de la grande consultation "Parlons engagement" lancée par la CFDT et dont les résultats ont été dévoilés en clôture du congrès de Lyon de l’organisation le vendredi 17 juin. Après "Parlons travail" et "Parlons retraites", c’est la troisième grande enquête mise en œuvre par la Centrale réformiste impliquant à la fois des encartés syndicaux, mais aussi le grand public. Au total, plus de 30 000 travailleurs se sont prêtés au jeu de "cette enquête sans concession", indiquait Yvan Ricordeau, réélu au bureau national du syndicat jeudi 16 juin 2022.

"Il n’y aurait rien eu de pire qu’une réflexion sur l’avenir du syndicalisme réalisée dans un petit cercle de syndicalistes", a-t-il poursuivi. Premiers enseignements de l’enquête : l’engagement bat de l’aile dans la société. Avec un tiers des répondants estimant "qu’on ne vit plus en démocratie" (dont 50 % parmi les moins de 35 ans et 42 % des ouvriers), lutter contre l’aquoibonnisme semble constituer l’un des enjeux des prochaines années. Un challenge, toutefois, car le sens du collectif semble s’étioler, comme en témoignent ces 77 % de sondés qui ne comptent que sur eux-mêmes et leur cercle familial pour améliorer leur niveau de vie (dont 80 % des moins de 35 ans). Quant à ceux qui se disent prêts à adhérer à un syndicat si on le leur proposait (43 % des non-syndiqués, 33 % des moins de 35 ans), ils sont à peine moins nombreux que ceux qui affirment "ne pas faire confiance" aux organisations syndicales.

L’un des principaux freins à l’engagement syndical demeure le temps consacré à cette activité. C’est en tout cas ce que répondent 38 % des hommes et 47 % des femmes. Parmi les encartés, 52 % évoquent le risque de la discrimination syndicale dans l’entreprise. Mais, cependant, l’interne du monde syndical n’est pas exempt de critiques pour ceux qui ont choisi d’adhérer. 37 % des syndiqués disent avoir subi des discriminations dans les espaces syndicaux. 26 % des femmes font ainsi état de comportements sexistes, 27 % des adhérents de jeunisme, 18 % des ouvriers de racisme et 8 % des encartés d’homophobie. Les luttes d’ego en interne des organisations font aussi partie des éléments propres à encourager la non-adhésion Et le contexte post-ordonnances n’aide pas à franchir le cap : "La disparition des mandats de proximité a été une catastrophe car c’étaient les paliers qui permettaient aux nouveaux arrivés de prendre confiance en eux", résume Cécile Guillaume, maître de conférences à l’Université de Surrey (Royaume-Uni), pilote de l’enquête. Et dans ce contexte de resserrement des espaces de dialogue social dans l’entreprise, 78 % estiment que "les syndicats n’ont pas assez de pouvoir" et 77 % "ne font pas confiance aux patrons". Cette proportion montre à 80 % chez les élus et mandataires.

Pour autant, l’horizon du monde syndical est-il désespérément gris ? Pas vraiment. 81 % des sondés adhérents estiment que leur engagement est gratifiant et les rend plus libres. Chez les élus du personnel, cette proportion grimpe à 91 %. "Est-ce que nous avons un avenir ? Je crois que la réponse est oui", estime Marylise Léon, la numéro 2 de l’organisation que certains imaginent déjà succéder à Laurent Berger d’ici deux ans. Mais à condition d’évoluer. Notamment en s’occupant des questions de société, comme l’indiquent 74 % des répondants. Mais aussi en consultant plus souvent la base. 69 % demandent des consultations plus régulières et 31 % jugent que celles-ci pourraient passer par les nouveaux outils numériques. Mais attention aux réflexes consuméristes qui touchent aussi les organisations syndicales. 32 % affirment ainsi être prêts à quitter leur syndicat si celui-ci ne s’avère ni suffisamment revendicatif, ni combatif.

 

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre