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"Avec le télétravail, une grève numérique est une alternative intéressante" (CGT-IBM)

Syndicats | publié le : 20.04.2021 | Benjamin d'Alguerre

Le 16 avril, à l’appel de la CGT, une centaine de salariés d’IBM ont mené pour la première fois dans l’histoire sociale une « grève numérique » pour protester contre le projet de PSE du groupe. Une première en France. Rencontre avec José Sainz, délégué syndicat central-adjoint CGT d’IBM.

Qu'est-ce qui vous a conduit à appeler à cette « télé-grève » ou « grève numérique » ?

José Sainz : Actuellement, près de la moitié des 5.000 emplois d’IBM France sont menacés par les projets de restructuration de la direction internationale du groupe. En premier lieu, par un PSE qui concernera 1.251 salariés du groupe et comprendra un volet d’environ 250 à 300 licenciements secs, et dans un second temps par l’externalisation de toute l’activité d’info-gérance du groupe (soit environ 1.000 salariés) au sein d’une future entreprise créée à cette intention, Kyndryl. Une entreprise low cost qui couvrira les salariés qui y seront transférés sous la convention collective des bureaux d’études (Syntec) plutôt que sous celle, bien plus avantageuse, de la métallurgie comme c’est le cas historiquement pour les salariés d’IBM. Cela s’inscrit dans une restructuration mondiale du groupe qui pourrait impliquer jusqu’à 10.000 suppressions d’emplois en Europe. Concernant le premier volet, le PSE, la direction d’IBM a mis en place une série de mesures de départs volontaires ou de retraites anticipées… mais a aussi planifié des licenciements secs. Or, les experts mandatés par le CSE pour étudier le projet de PSE sont formels : la situation économique d’IBM ne justifie pas ces licenciements économiques. Par ailleurs, l’Inspection du Travail qui s’est penchée sur le projet le considère à ce stade comme « non homologuable » étant donné qu’il ne respecte pas la réglementation en matière de catégories socioprofessionnelles et de reconversions internes. À ce stade, la négociation est bloquée, la direction d’IBM préférant faire du lobbying auprès du ministère du Travail pour faire passer son PSE en force. Quant au second volet du plan, le transfert de salariés vers Kyndryl, outre son moins-disant social pour les salariés qui passeront d’une convention collective à une autre moins avantageuse, il nous paraît dangereux car Kyndryl a tout d'une coquille vide propice à de futurs licenciements.

Comment l’idée de la « télé-grève » vous est-elle venue?

J. S. : Cette grève numérique est une initiative de la seule CGT. Nous avons pris l’habitude depuis quelques semaines de réunir des assemblées générales virtuelles tous les jeudis à 13h en visioconférence avec les salariés intéressés. En moyenne, ces AG regroupent entre 200 et 300 salariés. Nous savions qu’une réunion du CSE central consacrée au PSE devait se tenir le 16 avril dernier sur la plateforme Webex. Nous avons donc organisé cette « grève numérique ». À 9h43 très précisément, une centaine de salariés mécontents se sont connectés à Webex pour perturber la session du CSE, obligeant les participants à se déconnecter. C’était une véritable invasion numérique !

Comptez-vous reproduire cette « télé-grève » à l’avenir ?

J. S. : Tant que 95 % environ des salariés d’IBM seront en télétravail, il s’agira d’une alternative intéressante à la distribution de tracts ou aux mouvements sociaux qui ne peuvent être organisés en situation de confinement. Nous organisons une nouvelle AG le 22 avril et nous déciderons avec les salariés présents si ce mode d’action doit être reconduit.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre