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« Une partie du patronat est d'accord : la réforme formation de 2018 est une vraie catastrophe » (François Hommeril, CFE-CGC)

Dialogue Social | publié le : 11.03.2021 | Benjamin d'Alguerre

Président de la CFE-CGC, François Hommeril se réjouit du retour d’un agenda social décidé par les organisations patronales et syndicales. Il juge indispensable de débuter le calendrier des négociations par une profonde remise en question de la réforme de la formation de 2018.

Approuvez-vous le principe d’un agenda économique et social autonome aux mains des partenaires sociaux ?

François Hommeril : Je suis totalement partant pour travailler sur un agenda indépendant. La CFE-CGC doit pouvoir contribuer à réinitialiser la réflexion sur le dialogue social et à créer un nouveau rapport de force face à un Gouvernement qui porte une forme de pensée libérale dérégulatrice, dont la façon dogmatique d’envisager les réformes et les sujets sociaux n’est plus porteuse de progrès. Il est d’ailleurs piquant que l’initiative de cet agenda social autonome vienne de Geoffroy Roux de Bézieux, élu à la tête du Medef sur un programme de désengagement du paritarisme. C’est un clin d’œil de l’histoire sociale.

Les neuf sujets mis à l’agenda par le Medef vous paraissent-ils pertinents ?

F. H. : Tous les sujets n’ont pas le même degré d’importance. La gouvernance du régime d’AT/MP par exemple peut vite devenir une question très piégeuse, selon l’orientation qu’on veut lui donner. Si l’objectif du Medef est d’aboutir à une réduction des cotisations-maladies, nous lui opposerons un refus. D’autres sujets, comme la transition écologique ou numérique me paraissent relever davantage du politique que du syndical, ce qui ne doit pas nous empêcher d’engager des réflexions dessus : autant prendre le train en marche puisqu’on nous le propose. Évidemment, il y a des sujets absents. Je pense notamment au partage de la valeur. Pourquoi ne pas l’ajouter ? En revanche, je me réjouis que la première négociation programmée à l’agenda soit consacrée à l’évaluation de la réforme de la formation de 2018, qui est une catastrophe complète.

Vous avez été en charge des questions de formation à la CFE-CGC avant d’en prendre la présidence. Quels reproches adressez-vous à cette réforme ?

F. H. : D’avoir détruit un système de formation professionnelle qui fonctionnait pour l’offrir au marché. En passant du Dif au CPF monétisé, on a certes doublé les volumes d’achat de formation, mais dans une logique de consumérisme complet et incontrôlé. C’est comme si l’on avait distribué des bons d’achat aux consommateurs avant de les lâcher dans un supermarché ! Idem pour le congé individuel de formation, qui permettait de vraies reconversions professionnelles malgré son sous-financement, remplacé par un « CPF de transition » encore moins financé que ne l’était le Cif ! Le patronat n’est pas étranger à cette évolution, lui qui a toujours combattu les cotisations formation considérées comme des charges pour les entreprises. La disparition progressive de la contribution des entreprises à la formation engagée par l’ANI de décembre 2013 et achevée par la réforme Pénicaud s’est traduite par l’écroulement des investissements formation des entreprises, entraînant des aberrations comme le financement de renouvellements d’habilitations sur les fonds de la professionnalisation ! Une partie du patronat a fini par se rendre compte de la catastrophe que représente la réforme et veut revenir dessus dans le cadre de ce nouvel agenda social. D’ailleurs, le récent dispositif Transitions Collectives signe un discret retour à une gestion paritaire de la formation. Il est temps de revenir à la raison.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre