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« La réforme des retraites doit s’engager dans un esprit de justice sociale » (Aude de Castet, Démocratie Vivante)

Protection Sociale | publié le : 08.07.2021 | Benjamin d'Alguerre

Alors que le projet de réforme des retraites a été remis sur la table par le chef de l’État, le think tank macroniste Démocratie Vivante, dont Aude de Castet est la vice-présidente, préconise une réforme orientée vers un rallongement des années de carrière plutôt que sur des mesures d’âge-pivot ou de report de l’âge de départ.

Une réforme des retraites, qu’elle soit paramétrique ou plus profonde, est-elle souhaitable au vu de la proximité de la présidentielle 2022 ?

Aude de Castet : Emmanuel Macron n’a jamais mis les dossiers qui fâchent sous le tapis, et le retour de cette réforme dans l’actualité n’a rien d’étonnant. Pour Démocratie Vivante, cependant, cette réforme doit s’engager dans un esprit de justice sociale et, surtout, au bon moment. Entre la sortie de notre livre blanc* sur les retraites et aujourd’hui, deux ans seulement se sont écoulés mais, entretemps, la pandémie nous a fait changer d’époque. Le « quoi qu’il en coûte » a certes permis à nos concitoyens de bénéficier d’un matelas de sécurité social et économique vu nulle part ailleurs dans le monde, mais aujourd’hui, la question de la dette et de la dépense publique se posent différemment qu’en 2019. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a sorti son rapport annuel en juin. Tout cela doit être pris en compte alors que cette réforme des retraites revient à l’agenda. Il existe différentes manières de l’aborder. Selon notre point de vue, il faudra s’attaquer aux quarante-deux régimes spéciaux. C’était l’idée d’origine d’Emmanuel Macron mais cela prendra du temps. Revaloriser le minimum contributif (645 euros par mois pour passer sous la décote) pour le monter au moins à 1000 euros, voire au montant du Smic serait déjà une première mesure qui concernerait 5 millions de petits retraités dont deux tiers de femmes. Un élément de justice pourrait également concerner les travailleurs de première et deuxième ligne révélés par la crise de la Covid-19. Souvent mal payés, une revalorisation salariale augmenterait de fait leur taux de cotisation-retraite et leur permettrait donc de toucher, à terme, des pensions plus confortables. Le cas des jeunes doit aussi être pris en compte : la pandémie a ralenti leur accession au marché du travail et ils pourraient, en plus, accumuler des retards de cotisations pour leur future retraite. C’est la double peine. Pourquoi ne pas réfléchir à l’intégration des cotisations dans la Garantie Jeunes ou à d’autres dispositifs permettant de combler ce retard ?

La question de l’extension de l’âge de départ à la retraite doit-elle être remise sur le table ?

A. de C. : Nous militons plutôt pour un rallongement du nombre d’années de carrière. Les questions d’âge-pivot (défendues par Édouard Philippe) ou de report de l’âge de départ (proposées par Xavier Bertrand) pénalise ceux qui ont commencé à travailler très tôt ou qui travaillent à temps partiel. Repousser l’âge de départ revient à travailler plus longtemps dans des conditions plus pénibles. À l’heure où la différence d’espérance de vie entre un cadre et un ouvrier est de huit ans, c’est intolérable.

Par ailleurs, la part des salariés arrivant à l’âge de la retraite alors qu’ils sont toujours dans l’emploi est plutôt faible…

A. de C. : Exactement. Seuls 52% des 55-64 ans sont encore en emploi contre 61% dans les autres pays de l’OCDE ! Plus que le prolongement de l’âge de la retraite, le sujet à aborder est celui du maintien dans l’emploi des seniors et de certaines catégories comme les femmes non-cadres qui, après 35 ans, ne bénéficient plus des plans de formation de leurs entreprises. Cela repose la question du partage du temps de travail dans les entreprises.

* « Réformer les retraites : oui, mais… » Aude de Castet et Jacky Bontemps, 2019.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre