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FAS : "L'actionnariat salarié a un rôle important à jouer pendant la crise"

Salaires | publié le : 04.05.2020 | Gilmar Sequeira Martins

Loïc Desmouceaux, président de la FAS.

Loïc Desmouceaux, président de la FAS.

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Le cours des actions des entreprises dont une part importante du capital est détenue par les salariés a connu une baisse conséquente. Quel impact aura ce phénomène sur leur épargne ?
Loïc Desmouceaux :
À la différence de l’actionnaire habituel, l’actionnaire salarié inscrit sa démarche dans le long terme. Avec les sommes perçues au titre de l’intéressement et de la participation, les salariés peuvent investir leurs actions dans les plans épargne entreprise à travers des fonds d’actionnariat salarié. Ils y sont d’ailleurs fortement incités grâce à des mécanismes comme l’abondement ou la décote. En moyenne, les actionnaires salariés conservent leurs actions plus d’une dizaine d’années. C’est un modèle qui a déjà prouvé sa stabilité puisqu’il a survécu à plusieurs crises : la crise asiatique de 1987, l’éclatement de la bulle Internet en 2001 ou encore les subprimes en 2008. Tous ces événements n’ont pas empêché l’actionnariat salarié de se développer. La France compte aujourd’hui 3,5 millions de salariés actionnaires, ce qui en fait le premier pays européen dans ce domaine, et les salariés détiennent environ 5 % du capital des grandes entreprises. L’essentiel de ce capital, soit 70 %, est désormais disponible puisqu’il est détenu depuis plus de cinq ans, soit la période durant laquelle il est bloqué. Or, nous n’avons observé aucune vente massive d’actions. Cela tient à ce que cette épargne est pour les salariés un investissement de long terme, constitué pour l’achat de leur résidence principale, pour faire face à des moments difficiles, pour préparer leur retraite ou afin de préparer la grande dépendance lorsqu’ils seront seniors.

Quelles seront les conséquences de la crise actuelle ?
L. D. :
Il est difficile de prévoir les conséquences à moyen et long termes. Il est cependant clair que les répercussions seront très différentes selon les secteurs et la nature de l’activité des entreprises. Vinci, qui dispose d’une trésorerie confortable, a décalé par prudence sa décision de versement de dividendes au second semestre et peut espérer un redémarrage à ce moment-là. Elle se trouve dans une situation très différente de la compagnie aérienne Air France-KLM. Il faut noter que le cours des actions a fortement augmenté en 2019 et que l’indice CAC 40 est remonté depuis un mois pour repasser la barre des 4 500 points. Même si cela ne présage en rien de ce que sera la suite, on peut imaginer que la remontée des cours après cette crise sera plus ou moins longue ou rapide selon les secteurs, les sociétés et leurs perspectives. Il se trouve par ailleurs que l’année 2019 a été positive en termes économiques, de sorte que les sommes à verser au titre de l’intéressement et de la participation seront significatives. Si l’économie rebondit au second semestre, les salariés peuvent décider d’investir ces sommes dans les fonds d’actionnariat salarié.

Quelle sera l’attitude des entreprises vis-à-vis des plans d’actionnariat salarié ?
L. D. :
À court terme, les entreprises ont pour objectif prioritaire de préserver leur trésorerie, ce qui va en pousser certaines à différer le lancement de plans d’actionnariat salarié car les politiques d’abondement réduisent la trésorerie. Mais des alternatives sont possibles, comme les plans d’attribution gratuite d’actions qui permettent aux entreprises d’étaler les charges sur la durée d’acquisition. L’actionnariat salarié peut être une solution opportune pour des entreprises avec un bilan dégradé mais dont l’activité est pérenne et qui devront renforcer leurs fonds propres. Il a un rôle d’autant plus important à jouer dans de telles situations que les entreprises pourront s’appuyer sur cette composante stable de leur capital. L’objectif de la FAS est d’arriver en 2030 à ce que l’actionnariat salarié représente 10 % du capital des entreprises françaises. Il est encore trop tôt pour savoir si cette crise sera un frein à son développement. Si un rebond économique significatif se produit au second semestre, celui-ci pourra reprendre plus rapidement et sera facilité par les dispositifs incitatifs de la loi Pacte votée en 2019.

Propos recueillis par Gilmar Sequeira Martins

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins