Frédéric Save, CFDT : "Comment assurer l’équilibre financier du système de retraite par répartition ?"
Frederic Seve  Secrétaire national CFDT

" Si le choc du baby-boum est en passe d’être absorbé grâce aux réformes successives des régimes de retraite français, il n’en reste pas moins que leur équilibre financier n’est pas acquis à long terme du fait de l’allongement tendanciel de la durée de vie. Des ajustements seront donc nécessaires, par la hausse des cotisations, la baisse des pensions ou l’allongement de la durée d’activité. La conviction de la CFDT est que nous n’avons pas à décider à la place des générations de 2050 ou 2070 lesquels de ces leviers elles devront actionner. Par contre, il est de notre responsabilité de leur léguer les outils pour procéder à ces ajustements en toute transparence et en toute équité. Cela suppose au moins trois conditions essentielles.

La première est que l’environnement du système de retraite ne soit pas bloquant. Un allongement de la durée d’activité ne sera possible que si on réussit à lutter efficacement contre la pénibilité au travail et plus généralement à améliorer la qualité de vie au travail. À cet égard, un meilleur accès au temps libre par une généralisation du compte épargne temps peut avoir un impact décisif. Du côté des retraités, un effort sur le niveau des pensions sera plus envisageable si le système produit moins de basses pensions, et si certains risques liés à l’allongement de la durée de vie (on pense bien sûr à la dépendance) sont mieux pris en charge. La hausse des cotisations ne doit pas non plus être exclue à priori, au nom d’une soutenabilité qu’on est d’ailleurs bien en peine de mesurer : un point de cotisation en plus n’aura pas le même impact dans une France 20% ou 50% plus riche.

 

La deuxième condition est que le système de retraite soit perçu comme équitable, et même comme juste. La retraite par répartition est une redistribution des revenus, elle doit donc reposer sur un pacte social solide. Un tel pacte ne peut être obtenu sans une double solidarité, intergénérationnelle et intragénérationnelle. La première est garantie par la contributivité du système (les droits d’une génération sont assis sur les droits qu’elle a accordés), la seconde par les mécanismes de prise en charge collective de droits non contributifs exprimant les valeurs d’une société (chômage, maternité, minimum de pension, etc.). Pour la CFDT, ce doit être l’enjeu de la réforme en cours : construire un système de retraite universel, transparent et juste, suffisamment consensuel pour que chacun accepte d’y contribuer.

Un tel système serait par ailleurs plus pilotable que l’actuel. On a vu lors des réformes antérieures que la multiplicité et l’empilement des régimes rendait illisible la distribution des efforts contributifs, pour les assurés mais parfois aussi pour les gestionnaires du système. Ce qui nous amène à la troisième condition pour assurer l’équilibre d’un système par répartition : la qualité de sa gouvernance. Sans épuiser ici un sujet aussi complexe, on mettra en avant ce que les partenaires sociaux ont réalisé pour le futur régime unifié de retraite complémentaire : affichage des valeurs et des objectifs du système, articulation entre le pilotage stratégique et la gestion à court terme, place décisive des partenaires sociaux dans la construction de l’intérêt général … autant de pistes à explorer pour un système de retraite universel."