Les milliards cachés du DIF

1040 euros. C’est le montant moyen inscrit sur les quelque 28 millions de comptes personnels de formation (CPF) à la main des salariés français, à en croire les deux études publiées le 19 février par la Dares et par la Caisse des dépôts et consignations. Une somme qui correspond aux reliquats des heures de CPF inscrites sur les compteurs depuis 2015 monétisées à hauteur de 15 euros l’heure depuis 2019. Et à laquelle viennent s'ajouter les reliquats potentiels du DIF pour une moyenne de... 1240 euros par salarié.

Une cagnotte intéressante ? Pas forcément, au regard du seul CPF, puisque selon les calculs de la CDC, le coût moyen d’une formation suivie en 2018 avec un CPF « ancienne formule » (crédité en heures) s’élevait à 2400 euros... On est donc loin du compte, même si depuis la mise en service de l’application Moncompteformation.fr le 21 novembre dernier, ce coût moyen à l’achat a été sérieusement revu à la baisse (1190 euros en moyenne) de par le double effet du comportement des usagers qui se sont massivement engagés sur des formations courtes ou peu onéreuses (permis de conduire, bilans de compétences, formations linguistiques ou bureautique…) et de la concurrence entre organismes références sur la plateforme qui ont aligné leur prix les uns sur les autres, les revoyant généralement à la baisse.

Pour l’heure, les fonds disponibles sur l’appli ne suffisent pas à couvrir les coûts de formation et, en moyenne, les acheteurs ont dû verser de leur poche un reste à charge de 490 euros. Pas de quoi s’offrir des formations longues ou coûteuses, même si le premier versement légal des 500 euros annuels (800 pour les publics les moins diplômés ou en situation de handicap), qui doit survenir en avril, pourrait soulager les usagers. Quant aux abondements extérieurs au compte formation, ils devraient devenir possibles en mars pour Pôle emploi et « entre le printemps et l’été » pour les entreprises.

Il reste cependant l'autre manne à disposition des salariés : les reliquats du DIF (droit individuel à la formation). En 2020, en effet, seuls 16 % des salariés avaient rapatrié leur ancien compteur DIF sur leur CPF. Et ce reliquat n’est pas négligeable, puisque selon les calculs de la Caisse des dépôts, 84 heures dorment encore, en moyenne, sur chaque compteur DIF. Soit, si l’on monétise ces droits, 1260 euros à rajouter aux 1040 du CPF. « Il existe même 1,3 million de salariés pour lesquels les compteurs DIF et CPF sont chargés à plein car jamais utilisés et qui disposent donc de 3240 euros pour se former », calcule Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité à la Caisse des dépôts.

Mais il n’y a pas que les salariés à pouvoir être intéressés par ces magots oubliés. Les entreprises, qui peinent à se lancer dans la négociation d’accords CPF afin de financer leurs plans de développement des compétences (notamment les 51 – 300 désormais exclues des fonds mutualisés) pourraient être intéressées par cette cagnotte dormant encore sur les compteurs de leurs salariés. Mais attention à la date butoir : les DIF qui n’auront pas été transférés sur le CPF d’ici au 31 décembre 2020 seront définitivement perdus !