Une remontée de l’emploi des seniors en trompe-l’œil

« Il faut sortir d’une politique de gestion des âges pour passer à une dynamique des parcours », estime la sociologue Anne-Marie Guillemard, professeure émérite à l’université Paris Descartes. Invitée par l’Association des journalistes sociaux (Ajis), le 29 janvier dernier, pour débattre de la place des seniors sur le marché du travail et dans l’entreprise, ainsi que des effets de la réforme des retraites sur leur situation, la sociologue a dénoncé « une remontée de l’emploi des seniors en trompe-l’œil ».

Car si les enquêtes, dont celle de la Dares, mettent en avant la progression du taux d’emploi des plus de 55 ans depuis une quinzaine d’années, elles ne font pas état de la « déconnexion » qui persiste « entre l’âge de sortie du marché du travail et l’âge de liquidation de la retraite ». Déconnexion qui alimente toujours un volume de personnes « ni en emploi ni à la retraite », due notamment à la persistance d’une culture de sortie du travail précoce, développée pendant près de 30 ans par des orientations en faveur des préretraites, et surtout à un manque d’articulation entre les politiques du travail et de l’emploi et les réformes des retraites qui, selon elle, devraient être traitées concomitamment.

« La France doit avancer sur deux jambes », insiste-t-elle. Elle regrette, en effet, que l’âge se retrouve, à nouveau, au centre de la réforme des retraites et que le sujet de l’allongement des carrières et celui de la pénibilité n’aient été invités dans le débat qu’en fin de dernier acte.