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Les secrets du “modèle finlandais”

Entreprise & Carrières, 30/09/2008 | Mobilités | publié le : 30.09.2008 |

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La Finlande a réussi à faire grimper de 20 points le taux d’emploi de ses seniors, qui, aujourd’hui, atteint 55 %. Si les solutions mises en œuvre dépendent de particularités locales, la réussite de ce modèle, assis sur la culture du consensus et de la responsabilité, focalise l’attention. Notamment en France, où les mesures d’un nouveau plan pour l’emploi des seniors sont examinées.

 

 

Entre 1997 et 2005, le taux d’emploi des seniors finlandais est passé de 35,6 % à 55 %, soit la plus forte augmentation au sein d’une Union européenne que la Finlande a rejointe en 1995. Une telle réussite a fait de ce pays de 5,2 millions d’habitants un exemple pour beaucoup de ses grands voisins bien moins efficaces en matière d’emploi des travailleurs âgés. C’est le cas de la France, où les mesures d’un nouveau plan pour l’emploi des seniors – après l’échec de celui de 2003 – sont examinées en ce moment dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Le taux d’emploi des 55-64 ans n’y atteint qu’un modeste 38,3 %, bien loin des résultats du “modèle finlandais”, observé de près par les spécialistes du sujet. La Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) française y organisait d’ailleurs un voyage d’étude, les 19 et 20 septembre derniers (1). Si le modèle n’est pas transposable en tant que tel, il démontre comment un pays entier a su se mobiliser. « La culture du consensus a fait que chacun, Etat, employeurs, syndicats, accepte sa part de responsabilité… », estime, notamment, Danielle Karniewicz (CFE-CGC), présidente du conseil d’administration de la Cnav.

 

Engagement rapide des réformes

« En Finlande, nous avons pris en compte les signaux d’alerte démographique dès le début des années 1990, explique Juhani Ilmarinen, directeur de l’Institut de la santé au travail et l’un des concepteurs de la politique finlandaise de “vieillissement actif”. Le vieillissement de la population, plus précoce que celui de nos voisins européens, a conduit les partenaires sociaux à engager rapidement des réformes, et ce, dans un esprit de concorde. » A la fin des années 1990, les premiers plans ont été mis en place par le gouvernement (lire encadré p. 18). Avec, à chaque fois, les mêmes objectifs : conserver la performance au travail et faire reculer l’âge de la cessation d’activité. En 2005, l’âge légal de la retraite a été fixé à 63 ans, avec la possibilité de rester en activité jusqu’à 68 ans. La mesure ne provoque alors ni manifestation ni grève…

 

Souplesse de la transition emploi-retraite

« Le succès de la réforme repose dans la liberté de choix du salarié et la souplesse de la transition emploi-retraite », analyse Juhani Ilmarinen. Dès 60 ans, en effet, chaque salarié peut choisir de prendre une retraite à mi-temps. Mais chaque année travaillée après 63 ans fait gagner 4,5 % de revenus supplémentaires : ainsi, rester actif jusqu’à 68 ans peut représenter un bonus de plus de 20 % par rapport à la retraite normale. Parallèlement, les départs en préretraite sont rendus beaucoup plus difficiles pour les entreprises.
Dans le même temps, les agences pour l’emploi ont été priées de faire des efforts pour replacer les chômeurs les plus âgés. Les résultats sont éloquents : l’âge moyen de départ en retraite est passé à 61,7 ans, soit un gain de plus de trois ans depuis 1995. « Ces mesures incitatives n’ont été que l’aboutissement d’une politique ambitieuse de prévention de l’usure au travail et de l’attention toute particulière accordée, le plus précocement possible dans le parcours professionnel, à la santé, à la motivation, à la formation continue et aux conditions de travail », souligne Marja-Lisa Parjanne, conseillère au ministère de la Santé et des Affaires sociales. Concrètement, la grande majorité des entreprises finlandaises et des administrations ont déjà mis en place, depuis plusieurs années, des programmes spécifiques pour les plus âgés alors que les enquêtes de satisfaction auprès des salariés sur le “bien-être” ou le “bonheur au travail” sont monnaie courante.

 

Dispositions particulières

L’entreprise de plomberie Oras, par exemple, concocte régulièrement des animations et des sorties pour son “club seniors”. De son côté, la société de travaux publics HKR-Tekniikka (500 salariés), qui dépend de la ville d’Helsinki mais qui évolue sur un terrain concurrentiel, offre des massages à ses salariés et, également, une semaine annuelle de remise en forme. « Les gens font la queue jusqu’à 18 heures pour s’offrir – gratuitement – un massage », s’amuse Kauko Nygren, directeur de division de l’entreprise qui accorde, aux plus de 56 ans, deux à vingt jours de congés supplémentaires par an, en fonction de leur âge et de la pénibilité de leurs tâches. Autre mesure proposée : un bilan sur les perspectives de carrière dès 45 ans ainsi qu’un check-up médical tous les trois ans à partir de cet âge (tous les ans dès 56 ans), à l’issue duquel employeur, salarié et médecin du travail analysent de concert la pénibilité du poste. « S’il nous apparaît que le salarié éprouve des difficultés à s’y maintenir, nous mettons tout en œuvre pour le reclasser dans un autre service de la ville, au besoin après une formation », précise Kauko Nygren. Résultat : une baisse spectaculaire de 50 % des arrêts maladie des seniors, un âge moyen de départ en retraite passé de 59 à 62 ans en quelques années et, assure la direction, « une hausse du résultat d’exploitation ».

 

Sentier du bien-être à la poste finlandaise

Outre la présence d’installations sportives flambant neuves dans ses murs et la présence d’un médecin à demeure, la Poste finlandaise (25 000 salariés), qui se vante de compter dans ses rangs un postier de 78 ans, s’est, elle aussi, engagée résolument dans le “bien-être au travail”. Depuis trois ans, un programme baptisé “le Sentier du bien-être”, décliné sous la forme d’un ambitieux process RH, a pour objectif d’aider chacun à surmonter ses difficultés (stress, surcharge de travail, soucis familiaux), tout en luttant contre « l’absentéisme, la retraite précoce et une tolérance zéro contre les accidents de travail ». Sauf exception, une simple discussion avec son supérieur hiérarchique doit aboutir à une solution : changement d’horaires, équipement particulier, congé, formation, temps partiel…
« Chaque service répartit, par consensus, le travail entre les uns et les autres. Par exemple, une équipe de facteurs s’entendra pour éviter aux plus âgés les tournées avec des montées », explique Lisbeth Forsman-Grönholm, directrice du département “Bien-être au travail”, qui précise que « chaque euro investi dans ce programme nous en rapporte en moyenne 2,6 ». Selon les observateurs, les programmes de “vieillissement actif” mis en œuvre en Finlande font figure d’incontestable réussite car ils ont été le fruit d’un large consensus au sein de la société finlandaise. Cerise sur le gâteau, ils ont été portés par une conjoncture économique favorable. « Le programme finlandais de vieillissement actif pourrait être considéré comme un remarquable succès. Il a posé les jalons des réformes des régimes de préretraite et de retraite qui ont été mises en œuvre en collaboration avec les partenaires sociaux sans provoquer de crise sociale, écrit le chercheur Henri Sterdyniak (2).
L’expérience finlandaise montre la nécessité d’une mobilisation générale de la société, des entreprises et des travailleurs pour renverser la tendance à la retraite anticipée et pour élaborer une stratégie permettant aux travailleurs âgés de rester au travail. »

 

Spécificités culturelles

« Les bons résultats sont dus à une diminution des départs à la retraite au profit d’une poursuite de carrière. Mais ces programmes n’ont pas forcément redonné du travail aux chômeurs âgés déjà exclus du marché du travail, tempère Patrick Hermange, directeur de la Cnav. Sans compter la difficulté à transposer les mesures finlandaises en raison de leurs spécificités culturelles, du modèle social particulier et du consensus sociétal initial. »
Un exemple à méditer, toutefois, et du pain sur la planche en perspective pour les partenaires sociaux français…

 

Eric Delon

 

(1) Avec l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale).
(2) Finlande 2007, des stratégies de vieillissement actif pour renforcer l’inclusion sociale, rapport de synthèse, OFCE, Paris.