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Le Canada veut diversifier ses agents de renseignement

Recrutement | publié le : 24.01.2023 | Ludovic Hirtzmann, à Montréal

Les services de sécurité nationale souhaitent embaucher des agents issus des minorités visibles pour mieux coller à une population de moins en moins blanche. Une façon, aussi, de contrer les manœuvres de certaines nations en matière d’espionnage industriel et de désinformation.

C’est acté. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) va embaucher de nouveaux James Bond. Mais pas n’importe lesquels. Il précise sur son site Internet qu’il veut « fonder une culture de diversité en recrutant un personnel représentatif du Canada à l’esprit innovateur et aux perspectives et aux talents variés ». Pour l’heure, en effet, la réalité est loin d’être inclusive. À peine 16 % des effectifs de l’agence d’espionnage font partie d’une minorité visible – alors que dans la plus grande ville du Canada, Toronto, ces minorités sont devenues majoritaires et représentaient déjà plus de 51 % de la population lors du recensement de 2016. Selon l’institut national Statistique Canada, elles représenteront 71 % des Torontois en 2041. C’est aussi vrai pour Vancouver et de plus en plus pour Montréal. Le Québec reçoit chaque année 50 000 immigrants et réfugiés, parmi lesquels de nombreux Asiatiques, Latino-Américains ou Haïtiens. À l’exception des campagnes, les Québécois « pure laine », comme disent les habitants du cru, sont de moins en moins nombreux. Or un espion doit « être capable de se mêler à une population diversifiée. Pour la région du Québec, nous cherchons en ce moment des gens issus de groupes racisés (minorités visibles) et de la diversité », a confié récemment au quotidien La Presse la directrice générale du SCRS au Québec, qui ne parle que sous couvert d’anonymat au regard de la nature hautement confidentielle de plusieurs de ses tâches. Le gouvernement canadien veut aussi par ces actions d’infiltration lutter contre les campagnes de désinformation dans les communautés.

Pour l’heure, si le SCRS relève que « 65 % des employés parlent les deux langues officielles [le français et l’anglais] et, collectivement, plus de 108 langues et dialectes », il recherche toutefois des personnes maîtrisant l’arabe, le somalien, le farsi, le kurde, le russe, l’ourdou, l'hindi et l’espagnol. Quant au mandarin, c’est aussi un atout majeur. D’autant que le Canada est en guerre diplomatique et commerciale ouverte avec la Chine depuis plusieurs années et fait face ces temps-ci à une vague d’espionnage industriel majeure de la part de Pékin. Le directeur national du SCRS, David Vigneault, a alerté plusieurs fois les députés canadiens sur l’ingérence chinoise dans les entreprises canadiennes et dans les laboratoires des universités par des étudiants et professeurs chinois. Et les services secrets canadiens ont encore arrêté en novembre dernier un espion chinois, impliqué dans le pillage de la technologie des batteries électriques du géant de l’électricité Hydro-Québec. David Vigneault a également identifié lors d’une rare conférence publique, en 2021 , « certains secteurs plus visés que d’autres : la biopharmaceutique, la santé, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, les technologies marines et l’aérospatiale ».

C’est pourquoi le SCRS embauche à tout va dans la diversité et propose des salaires concurrentiels, allant de 36 000 dollars canadiens par an (près de 25 000 euros, soit deux fois le salaire minimum) et jusqu’à 142 000 dollars, sans compter les primes. L’agence de surveillance recherche aussi bien des analystes que des agents de filature ou des informaticiens.

DANS LES RH AUSSI

Le SCRS propose aussi des emplois pour les étudiants dans le domaine de la communication et des ressources humaines. Lors de son stage, l’étudiant-espion spécialisé dans les RH devra « faire des entrevues préliminaires et une analyse des besoins ou des problèmes à résoudre, surveiller les processus de recrutement et communiquer avec des candidats pour organiser les entrevues, réaliser des évaluations et vérifier les références des candidats », précise-t-il. Pour son premier stage, un lycéen gagnera 15 dollars de l’heure, alors qu’un étudiant de troisième cycle empochera 27 dollars. L’agence de renseignement courtise aussi les diplômés. « Plus de 100 spécialisations ! Des agents de renseignement aux informaticiens en passant par les analystes, le SCRS recrute les personnes les plus douées dans de nombreux domaines », indique le site du Service, non sans préciser que lors des entrevues d’embauche, les candidats « seront assujettis à une entrevue de sécurité, à un test polygraphique et à une enquête sur leurs antécédents qui comprend des vérifications financières ». Et le SCRS de conclure à l’attention des candidats-espions : « Lorsque vous remplirez le formulaire de demande, soyez honnête, car tous les renseignements fournis seront vérifiés. »

Auteur

  • Ludovic Hirtzmann, à Montréal