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Le travail transfrontalier à l’épreuve de la Covid-19 dans la Sarre

Gestion de l'emploi | publié le : 20.06.2021 | Pascale Braun

À la frontière sarro-mosellane, 14.000 travailleurs frontaliers ont vécu une forme de déconfinement particulier : l’État fédéral a levé l’obligation, en vigueur depuis le 1er mars, de présenter un test naso-pharyngé négatif de moins de 72 heures pour franchir la frontière. Un an après le premier confinement qui, en 2020, s’était traduit par des mesures discriminatoires à leur encontre, ce nouvel épisode laissera des séquelles dans l’espace frontalier. « Les tests, souvent pratiqués par des personnes mal formées, ont été vécus comme une torture qui s’est doublée d’une humiliation, quand les Français faisaient la queue pour subir leur test à l’entrée de l’usine tandis que leurs collègues allemands arrivaient les mains dans les poches », témoigne Bernard Hurreau, délégué du comité de défense des travailleurs frontaliers de la Moselle pour le bassin houiller.

L’épisode pourrait bien accélérer la baisse historique du nombre de travailleurs frontaliers de l’espace sarro-mosellan en 2020. Selon les statistiques de l’observatoire IBA-OIE, il a reculé  de 9,1 % en un an. Les restructurations opérées dans l’industrie lourde et les suppressions de postes dans la sidérurgie sarroise ont déjà fait perdre plus de 700 emplois frontaliers. Dans le secteur des services et de l’intérim, le recul se monte à 323 postes naguère occupés par des Mosellans. La crise sanitaire a particulièrement affecté les employés du commerce et de la restauration et le personnel d’entretien, les bureaux sarrois étant moins occupés. Les frontaliers les plus précaires, dont les titulaires de « minijobs » payés moins de 500 euros par mois, ont fait les frais de la grande précarité de ces contrats, qui n’offrent aucune protection en cas de chômage. Pour ne pas perdre ce revenu vital, ils ont subi stoïquement ostracisme et tests PCR, mais des effets collatéraux sur la cohésion du territoire ne sont pas à exclure.

« Nous nous trouvons à une période charnière : les industries du XXe siècle s’effacent et les emplois du XXIe ne sont pas encore là. Mais Sarrebruck présente des domaines d’excellence, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, qui peuvent attirer la jeunesse mosellane à l’avenir », estime Frédéric Berner, directeur général de la CCFA-CCI France-Allemagne basée à Sarrebruck. La Sarre a encore besoin des Mosellans dans l’automobile et les services. Elle demeure par ailleurs le principal bassin d’emploi d’un ancien bassin houiller lorrain exsangue. « La crise sanitaire et ses effets collatéraux n’ont pas remis en question les coopérations qui visent à accompagner la qualification de la main-d’œuvre pour les métiers en tension de part et d’autre de la frontière », assure Jürgen Becker, directeur de l’agence Pôle emploi de Sarreguemines et coordinateur du service de placement transfrontalier dans le cadre du programme Eurest-Grande Région. La dynamique transfrontalière pourrait se relancer à la faveur de nouvelles implantations. Le chinois Svolt projette la création de deux usines de batteries électriques qui doivent générer 2.000 emplois, auxquels s’ajouteront un millier d’emplois prévus par le fabricant de cuisines Nobilia. Ces 3.000 postes s’ouvriront à moins de 10 kilomètres de la frontière française.

 

 

Auteur

  • Pascale Braun