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"Ce n’est pas en surtaxant les contrats courts que l’assurance-chômage reviendra à l’équilibre" (Umih)

Gestion de l'emploi | publié le : 21.06.2021 | Benjamin d'Alguerre

Pour Thierry Grégoire, président de la branche Saisonniers et de la commission sociale de l’Union des métiers et industries de l’hôtellerie (Umih), le rapport Mbaye/Iacovelli sur la régulation des CDD d'usage (CDDU) passe à côté du sujet. 

Que pensez-vous des propositions du rapport sur la régulation des CDDU rendu par les parlementaires Jean-François Mbaye et Xavier Iacovelli ?

Thierry Grégoire : Il ne contient rien de nouveau ! Pourtant, l’Umih avait été auditionnée par les deux parlementaires lors de leur mission. Ils ont écouté, mais manifestement pas entendu. Leur rapport est un texte à charge contre certaines activités nécessitant le recours à des « extras » comme celle de l’hôtellerie-restauration. On se croirait revenus en 2017 lors de la dernière négociation Unédic où la seule proposition apportée pour répondre à la problématique de la permittence était la surtaxe des contrats courts. Mais dans notre activité, ces contrats ont une raison d’être : ils correspondent aux surcroîts d’activité que connaissent occasionnellement les établissements de l’hôtellerie et de la restauration. Un restaurateur qui pratique par exemple une activité de traiteur pour des évènements ponctuels (mariages, colloques, etc.) a besoin de renforts.

Pensez-vous cependant que les mesures contenues dans ce rapport peuvent réduire l’usage des CDDU et la précarité de leurs titulaires ?

T. G. : Je sais en tout cas que ce n’est pas en surtaxant les contrats courts dans dix secteurs que l’assurance-chômage reviendra à l’équilibre. Ce ne sont pas les CDDU qui font plonger les comptes de l’Unédic dans le rouge, ce sont les droits rechargeables et les dotations à Pôle emploi. Si l’État veut le retour à l’équilibre financier, qu’il s’attaque aux bons objectifs plutôt que de s’attaquer à un secteur comme le nôtre, plutôt vertueux en matière d’emploi. Dans l’hôtellerie, le salariat reste notre totem. 80 % de nos emplois sont en CDI. L’embauche d’extras en CDD saisonnier ou en CDDU correspond à des besoins spécifiques de notre branche, mais ne représente qu’une minorité des embauches. La preuve : nos salariés ont, durant la crise de la Covid-19, massivement pu bénéficier de l’activité partielle puisqu’employés à durée indéterminée ! Dans notre secteur, où la moyenne d’âge est de 36 ans, le CDI n’est pas la problématique de nos salariés : ce qui les préoccupe, ce sont les questions de logement ou de mobilité. L’action de l’État serait plus pertinente si elle consistait à contraindre les bailleurs à louer leurs appartements à des gens en CDD ou à obliger les banques à leur faciliter l’accès aux prêts. C’est là que l’État est attendu.

Allez-vous engager des négociations avec les partenaires sociaux de la branche pour faciliter la transition des CDDU vers des CDD de plus longue durée ou des CDI comme vous y enjoint le rapport ?

T. G. : Ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous préférons travailler sur les questions de logement ou de mobilité que je viens d’évoquer ou sur les problématiques de formation en inter-missions avec nos associés de Prism’Emploi, la fédération du travail temporaire. Nous essayons de tenter des choses autour du CDI intermittent par exemple.

 

 

 

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre