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Réforme des lycées pro : la feuille de route de Carole Grandjean

Formation | publié le : 01.06.2023 | Gilmar Sequeira Martins

Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels, dans son bureau du ministère du Travail. 

Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels, dans son bureau du ministère du Travail. 

Crédit photo Ministère de l’Enseignement et de la formation professionnels

Fermeture des formations sans débouchés, mobilisation de France Compétences pour la création de nouveaux plateaux techniques de formation, révisions des certifications professionnelles… Carole Grandjean a détaillé sa feuille de route à trois ans devant le Sénat.

La réforme des lycées professionnels entre dans le dur. Entendue au Sénat le 1er juin par les membres de la mission d’information sur la formation, les compétences et l’attractivité, la ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels, Carole Grandjean a rappelé le mantra présidentiel : le marché du travail évolue et le système de formation doit accompagner ces transformations qui recouvrent trois dimensions : économique, technologique et… démographique. La voie à emprunter : celle d’un « ajustement permanent et cohérent entre l’offre de formation et les besoins réels des entreprises ». Pour avancer, elle appelle à une « rénovation de l’appareil de formation » qui doit devenir « plus agile et plus accessible ». Carole Grandjean a annoncé que durant les trois prochaines années seront fermées toutes les formations « qui n’offrent pas de perspectives d’emploi ou de perspectives de poursuites d’études suffisantes », soulignant qu’il « s’agit de transformer l’offre de formation des lycées professionnels », une opération qu’elle a qualifiée de « difficile ».

L’action paraît d’autant plus indispensable que moins d’un bachelier professionnel sur trois est inséré sur le marché de l’emploi six mois après l’obtention de son diplôme. « C’est clairement une injustice et un enjeu de cohésion sociale, mais aussi un enjeu économique, à l’heure où le pays connaît autant de tensions de recrutement », a souligné Carole Grandjean, qui n’a pas manqué de rappeler que sur les quinze métiers les plus en tension, dix sont formés par la voie professionnelle.

Pour faire évoluer la situation, Carole Grandjean a rappelé qu’un effort annuel supplémentaire d’un milliard d’euros serait consenti pour la voie professionnelle, qui vient s’ajouter au volant financier actuel qui se monte à 4,9 milliards d’euros. Elle a aussi mentionné que s’y ajoutent la revalorisation de la rémunération « socle » des enseignants, le maintien du nombre de professeurs dans l’ensemble des lycées professionnels à la rentrée 2023, mais aussi la création de 400 ETP pour soutenir ces mêmes enseignants (conseillers principaux d’éducation, infirmiers, assistantes sociales, etc.).

2,5 milliards d’euros

Par ailleurs, grâce à un budget de 2,5 milliards d’euros, France Compétences va lancer des appels à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » afin de soumettre plusieurs actions. La première sera un appel à manifestations d’intérêt pour accompagner la mise en place de nouveaux plateaux techniques. Pour obtenir une « accélération forte » de ce processus, l’État cofinancera cette action avec les régions. Une formation des professeurs et des proviseurs des lycées professionnels est aussi prévue « pour accompagner l’évolution culturelle et technique de l’offre de formation ». Carole Grandjean a également indiqué qu’un « budget conséquent » sera mobilisé pour mettre en visibilité les filières d’avenir « trop souvent méconnues par les élèves, les familles et les professeurs ». Enfin, des outils de mesure seront mis en place de manière à apprécier les taux d’insertion et de poursuite d’études. Qualifiant cette action de « mise en transparence », Carole Grandjean estime cette démarche nécessaire pour que « les établissements fassent évoluer leur offre de formation [afin de] mieux répondre aux enjeux économiques ».

En vue d’améliorer l’insertion professionnelle, la ministre a aussi évoqué l’extension des formations complémentaires d'initiative locale, qui sont mises en œuvre après l’obtention d’un baccalauréat professionnel, et « en cohérence avec les entreprises locales ». Selon Carole Grandjean, ces dispositifs ont « augmenté de plus de 20 points l’employabilité de certaines filières ». Aujourd’hui, 4 500 lycéens professionnels bénéficient de ce dispositif. La ministre souhaite porter ce nombre à 20 000 en 2026. S’agissant des stages, elle a reconnu qu’ils étaient parfois difficiles à trouver. Pour remédier à cette situation, elle a annoncé pour la rentrée 2023 la création dans chaque lycée professionnel d’un « bureau des entreprises » afin de faciliter les échanges avec les employeurs locaux.

Des propositions cet été

La ministre a aussi indiqué qu’un travail serait mené sur les contenus des cursus, rappelant que « la révision des certifications professionnelles est structurante dans la rénovation des formations ». Appelant les ministères « certificateurs » et les onze commissions professionnelles consultatives à s’aligner sur les « standards exigeants de France Compétences », elle a indiqué avoir mandaté cet organisme en lui confiant une mission qui doit « faire un point sur la diversité des pratiques et l’expérience accumulée » afin de délivrer des propositions cet été. Enfin, la ministre a indiqué avoir installé à l’Afpa une mission interministérielle qui aura pour objectif de « transformer les titres et diplômes et améliorer leur qualité ».

L’orientation, compétence confiée aux régions depuis 2018, va aussi faire l’objet d’une action spécifique. Il faut selon la ministre « massifier la diffusion d’informations ». Depuis la rentrée 2022, à titre expérimental, une information sur les métiers est menée par des professionnels auprès des classes d’élèves de 4e et 5e dans 10 % des collèges, soit 650 établissements. Elle sera généralisée à la rentrée 2023, sans qu’il ne soit question pour autant d’informer « uniquement sur les métiers en tension ». La ministre a justifié cette action par un souci d’anticipation. Il s’agit d’étendre la durée de réflexion des élèves, aujourd’hui cantonnée seulement à l’année de 3e, afin de leur permettre de construire plus progressivement leur projet et élargir leurs sources d’information. À l’heure actuelle, la plupart d’entre eux s’orientent vers des métiers qu’ils découvrent à travers leur entourage familial, soit en moyenne une dizaine, un éventail jugé bien trop étroit.

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins