logo Info-Social RH
Se connecter

Le portail des décideurs du social et des ressources humaines par

Liaisons sociales magazine Entreprise & Carrières
Newsletter

Magazines

Quand l'Afpa s'offrait un directeur de centre pour 540 000 euros

Formation | publié le : 14.06.2022 |

L’Agence française pour la formation des adultes a déboursé plus de 540 000 euros pour une mission de management de transition dans son centre de Douai-Cantin (Nord) en 2020 alors qu’elle était en plein PSE.

C’est un contrat qui a de quoi embarrasser l’Afpa des Hauts-de-France. Pour assurer l’intérim de la direction du centre de Douai-Cantin – un établissement qui compte une centaine de salariés en équivalent temps plein (ETP) – dans le département du Nord pendant treize mois, l’Agence nationale pour la formation des adultes n’a pas hésité à débourser la somme de 540 508 euros TTC correspondant à l’embauche et aux frais de ce cadre de haut niveau – Robert M. – mis à disposition de l’Agence par le cabinet de chasseurs de têtes X-PM Transitions Partners entre le 26 novembre 2019 et le 31 décembre 2020.

À en croire les trois factures adressées à l’Agence par X-PM Transitions Partners qu’Info-Social RH et Liaisons Sociales Magazine ont pu consulter, la "prestation de services d’assistance à la transition" aurait été facturée à hauteur de 141 556 euros en mars 2020, puis 93 333 euros en juin et enfin 186 000 en fin d’année. Auxquels il faut rajouter les divers remboursements de frais de Robert M. pour ces trois séquences, à savoir successivement 10 000, 6 000 et 13 200 euros. Pour la direction d’un centre qui comptait, en juin 2020, un peu moins d’une centaine de salariés en ETP… et sans tenir compte de sa rémunération directe, celle-ci étant assurée par l’Afpa au titre de son CDD selon la grille habituelle pour ce type de poste.

"Indécente et exorbitante"

Le cas du centre de Douai-Cantin avait à l’époque fait grincer des dents du côté des élus syndicaux régionaux. Le 24 septembre 2020, ceux de FO s’étaient émus de cette "rétribution indécente et exorbitante", d’autant que l’affaire survenait en plein PSE de l’Agence et que sa DRH engageait au même moment une séquence de négociations annuelles obligatoires (NAO) qui devait se conclure par une une prime annuelle de 400 euros par personne pour les salariés de l’Afpa… après dix ans de gel continu des salaires.

De son côté, la CGT s’était émue de la situation. "Un directeur de centre en même temps salarié et prestataire de services ? C’est juste hallucinant !", avait-elle écrit dans un tract diffusé sur son site Internet. "Le plus choquant, c’est le coût astronomique de cette prestation mensuelle facturée environ 30 000 euros […] à rapprocher des 200 000 euros annuels «généreusement» budgétés par la direction générale pour «réduire» les écarts de salaires femmes-hommes." "C’est d’autant plus incompréhensible que la valeur ajoutée de ce contrat ne saute pas aux yeux puisque le centre de Douai-Cantin affichait un EBE déficitaire de 370 000 euros en mars 2021, un an après le départ de Robert M." juge aujourd’hui, avec le recul, un syndicaliste de l’Agence.

2,21 millions pour un cabinet de conseil

"Comment cette situation a-t-elle pu survenir alors que l’Afpa était en plein PSE et sans que ni la direction générale, ni la tutelle n’aient été au courant ?", s’agace un autre. Difficile de répondre, car les principaux acteurs de l’époque, la directrice régionale Hauts-de-France et Grand-Est, Laurence Hurni et le DRH national, Loïc Leblon-Boitier, ont depuis quitté l’Agence. N’empêche, l’affaire est toujours sensible deux ans plus tard, d'autant plus après que le rapport de la commission d’enquête du Sénat consacrée à l’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques a révélé que l’Afpa a versé, entre 2018 et 2019, quelque 2,21 millions d’euros, au cabinet de conseil Roland Berger pour la transformation de l'Afpa. Ce qui a amené le syndicat CFE-CGC de l’Agence à adresser fin mai une lettre ouverte au président de la République pour l’interroger sur ces dépenses que l’organisation juge peu justifiée, notamment au regard des 2,2 millions d’euros débloqués par la direction pour les revalorisations salariales du personnel de l’Afpa en 2022.