logo Info-Social RH
Se connecter
Newsletter

Quatre ans après, Qualiopi ne fait pas l’unanimité

Organismes de formation | publié le : 10.11.2023 | Benjamin d'Alguerre

Quatre ans après, Qualiopi ne fait pas l’unanimité

Quatre ans après, Qualiopi ne fait pas l’unanimité.

Crédit photo Dilok/Adobe stock

Un organisme de formation sur deux serait aujourd’hui certifié Qualiopi. Ce sésame donnant accès aux marchés des fonds publics ou mutualisés de la formation divise les acteurs du secteur. Parmi eux, certains demandent une plus grande transparence des procédures de certifications, voire la création d’un « annuaire des organismes certificateurs ».

Qualiopi, combien de divisions ? Obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour les organismes de formation (OF) qui veulent accéder aux fonds publics ou mutualisés, cette labellisation, délivrée par des certificateurs validés par le Comité français d’accréditation (Cofrac), connaît un succès mitigé, à en croire une enquête de la Dares commandée par les inspections générales des affaires sociales (Igas) et de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr), dont les résultats ont été dévoilés le 8 novembre dernier1. Réalisée durant l’été 2023 auprès d’environ 12 000 OF et CFA, l’étude révèle que, quatre ans après la création du certificat en 2019, seule un peu moins de la moitié (49 %) des organismes de formation interrogés en disposaient. 4 % indiquaient être en cours de labellisation, 42 % avouaient ne pas (ou plus) l’être et 5 % ignoraient tout simplement l’existence de cette certification.

Pesanteur procédurale

Chez les réfractaires, c’est surtout la lourdeur de la démarche de certification, construite sur une succession d’audits par les organismes certificateurs accrédités par le Cofrac, qui pousse les OF à renoncer au précieux macaron Qualiopi. Ils sont ainsi 48 % à dénoncer cette pesanteur procédurale. 38 % invoquent aussi le prix de la démarche de labellisation : en fonction de la taille de l’organisme, la facture finale peut s’échelonner entre 1 500 et 4 000 euros. Pas forcément à la portée d’un petit OF ou d’un formateur-consultant indépendant.

Autres raisons invoquées pour refuser Qualiopi : le manque de personnel (45 %), un retour sur investissement insuffisant (31 %), l’absence d’activité sur les marchés publics ou dans le périmètre des fonds mutualisés (22 %) ou des formations suffisamment reconnues en elles-mêmes pour ne pas avoir besoin d’une labellisation particulière (20 %). 48 % estiment d’ailleurs que l’absence de certification n’aura aucune incidence sur leur activité. D’autres, en revanche, s’attendent à des remous. 23 % des sondés pourraient renoncer à leur activité formative au profit d’autres prestations de conseil, 20 % s’attendent à une perte de chiffre d’affaires et 17 % imaginent leur portefeuille de clients diminuer. 21 % pensent avoir trouvé la martingale : se placer eux-mêmes en sous-traitance d’un organisme « qualiopisé » pour bénéficier par ricochet du bénéfice de sa labellisation.

Qualiopi, un marchepied vers de nouveaux marchés

À l’inverse, les partisans de la certification voient plutôt dans Qualiopi un moyen de mieux s’affirmer sur leurs marchés. 83 % se sont lancés dans cette démarche pour pouvoir attester auprès de leurs clients de la qualité des formations de leur catalogue. 65 % pour conserver l’accès – ou accéder – aux marchés des fonds Opco ou publics. 46 % souhaitent améliorer la lisibilité de leur offre et 42 % s’en servir comme marchepied pour prospecter de nouveaux marchés. 33 % ont d’ailleurs choisi de se certifier pour accéder à celui du CPF ou de la VAE. 20 % des certifiés indiquent d’ailleurs avoir fait évoluer leur offre de formation à l’issue de la labellisation et 19 % le contenu de leur catalogue. D’une manière générale, 53 % de ceux qui disposent désormais du précieux sésame expliquent avoir modifié leurs pratiques générales.

La transparence des certificateurs en débat

Les deux camps vont-ils rester braqués sur leurs positions dans des proportions à peu près égales ? À voir. Chez les acteurs du marché de la formation, plusieurs voix s’élèvent contre une relative absence de transparence des certificateurs Qualiopi et de leurs démarches d’audit. En mai dernier, un arrêté dont les termes sont entrés en vigueur au 1er septembre 2023 promettait de remettre un peu d’ordre dans un écosystème encore chaotique. Las : plutôt que d’imposer ce véritable « annuaire des certifiés » comprenant le nom des organismes certificateurs, que certains attendaient, le texte réglementaire s’est contenté d’imposer aux OF d’afficher eux-mêmes leur certificat Qualiopi sur leur site Internet. « L’idée est intéressante, mais elle doit venir en complément d’un annuaire public. Le fait d’afficher son certificat représente un surcroît de travail, voire de coûts, pour les organismes certifiés. », déplore Jimmy Martin, co-fondateur de l’organisme certificateur Certifopac. Selon lui, il faut aller plus loin : « on trouve des annuaires qui mentionnent le nom des certificateurs pour les produits bio ou leS diagnostiqueurs immobiliers, mais rien pour Qualiopi ! »Cette absence de transparence avait d’ailleurs fait l’objet d’une interpellation du ministre du Travail le 18 avril 2023 par le député de l’Ain, Damien Abad. Celui-ci interrogeait Olivier Dussopt sur la possibilité de faire apparaître systématiquement le nom de l'organisme ayant délivré la certification ainsi que l'identité de son représentant légal dans les registres publics officiels.

Ce n’est pas que le secteur de la certification soit source d’arnaques comme le fut en son temps celui du CPF, mais certaines pratiques douteuses – bien que marginales – ne sont pas prises au sérieux par les autorités de contrôle. Notamment celle qui consiste, pour un organisme certificateur à certifier leurs propres auditeurs… lesquels peuvent parfois exercer en parallèle une activité de formateurs indépendants ! « Ce n’est qu’une toute petite minorité, mais cela peut créer un mélange des genres susceptible de porter préjudice à l’OF audité. La pratique est connue du Cofrac, mais ils ne peuvent rien car la norme ISO 17065 est vague sur le sujet. ‘’Si c’est pas écrit, c’est pas interdit’’, certains en ont fait leur adage », soupire Jimmy Martin.. Un futur décret relatif à la transparence des certificateurs et des organismes de contrôle pourrait, possiblement d’ici la fin de l’année, venir clarifier ces pratiques. Sauf que dans l’état actuel, le projet de texte qui circule imposerait surtout aux certificateurs de transmettre chaque année au Cofrac et à la DGEFP un rapport sur leurs activités de labellisation. Ce qu’ils font déjà en partie au fil de leurs audits… Manifestement, à moins d’une réécriture du projet de décret, l’annuaire des certificateurs attendu n’est pas pour demain…

 

 


(1) Premiers résultats de l’enquête sur la certification Qualiopi, 8 novembre 2023.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre