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Le CPF : un succès public... mais insuffisamment certifiant ou accompagné

Formation | publié le : 29.10.2021 | Benjamin d’Alguerre

Alors que le CPF monétisé souffle ses deux bougies, le recours des particuliers à cet outil d'accès à la formation explose. Presque un million de formations suivies à ce titre en 2020 et le double attendu en 2021. Le ministère du Travail prévoit cependant dès l'année prochaine de renforcer l'accompagnement des usagers grâce au CEP ainsi qu'un recentrage du compte vers les formations certifiantes.

Sur le plan volumétrique, difficile de nier le succès du CPF monétisé depuis 2019. En termes quantitatifs, c’est le carton plein dès la deuxième année d’existence de l’outil. En 2020, 984 000 formations ont été suivies dans ce cadre, contre 517 000 l’année précédente. Presque une multiplication par deux selon une étude de la Dares publiée le 28 septembre. « En 2020, 2,8% de la population active française a eu recours au CPF pour réaliser une formation professionnelle continue, contre 1,5% en moyenne entre 2016 et 2019 », note la direction statistique du ministère du Travail. Le cap des deux millions devrait être franchi d’ici la fin 2021, avance pour sa part Elisabeth Borne.

Le domaine des transports demeure le premier pôle sectoriel choisi en 2020 par les utilisateurs du CPF (25,9%) porté notamment par l’achat de formations au permis B et de certificats professionnels à la conduite comme le CACES. Les formations aux langues étrangères viennent en deuxième position (17%) et restent pour l’instant le choix numéro 1 des cadres. Suivent ensuite les bilans de compétences (15,2%), l’informatique (10,3%) et la sécurité (4,1%).

Par ailleurs, cet accès désintermédié à la formation à partir de l’application Moncompteformation disponible sur smartphone modifie le profil des consommateurs. Alors qu’hier, les cadres de sexe masculin en étaient les principaux bénéficiaires, la part des ouvriers (+73%), des employés (+53%), des professions intermédiaires (+87%) et des demandeurs d’emploi (+106%) augmente sensiblement. De même pour les femmes passées de 46,2% des accédants à la formation en 2019 à 49,8% en 2020, mais aussi les jeunes de moins de 30 ans et les seniors. Chez les travailleurs non-salariés, qui disposent également d’un compte depuis 2018, la sauce prend plus lentement. Seulement 16500 artisans et chefs d’entreprise ont mobilisé leur CPF.

Sur le plan qualitatif, en revanche… beaucoup reste encore à faire. Les co-abondements entre bénéficiaires du CPF et leurs employeurs sont très en dessous des prévisions puisqu’à peine 8000 entreprises – surtout des PME – se sont lancées dans l’exercice. Côté branches, les premières expérimentations menées par les Opco Atlas (finance-conseil), Ocapiat (agro-alimentaire) et Uniformation (cohésion sociale) sont prometteurs, mais méritent d’être démultipliés pour prendre vraiment de l’ampleur. Reste aussi le choix des formations suivies, pas suffisamment orientées « métiers » aux yeux du ministère du Travail pour véritablement aboutir à la « société des compétences » voulue par Muriel Pénicaud, l’initiatrice du dispositif. Deux raisons à cela, selon Elisabeth Borne et les partenaires sociaux : un accompagnement insuffisant des acheteurs par les acteurs du conseil en évolution professionnelle (CEP) et une offre de formation proposée par l’appli pas assez orientée vers les formations qualifiantes et donc encore trop ouverte aux différentes arnaques. Le problème devrait être en partie réglée par l’obligation, faite aux organismes de formation, d’être détenteurs, à compter du 1er janvier 2022, de la certification Qualiopi s’ils veulent bénéficier des fonds publics ou mutualisés. Mais en amont, France Compétences a déjà commencé un sérieux travail d’élagage des formations proposées sur Moncompteformation. Particulièrement dans le viseur : le « répertoire spécifique » qui recense toutes celles qui ne sont pas directement en lien avec l’emploi. A l’occasion du ré-agréement obligatoires avant la fin d’année de toutes celles inscrites avant 2019, une majorité d’entre elles devraient se voir effacées de l’appli. Selon Stéphane Lardy, directeur général de France Compétences, sur les quelques 1800 formations concernées, 1300 ne passeraient actuellement pas le barrage aujourd’hui…

Auteur

  • Benjamin d’Alguerre