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Yves Hinnekint, président de Walt : "L’ascenseur social à la française peut-il se passer de l’apprentissage ?"

Apprentissage | publié le : 24.06.2022 | Benjamin d'Alguerre

Face au déficit annoncé pour France Compétences (presque 6 milliards d'euros en 2022), la Cour des comptes appelle à tailler dans le gras des coûts-contrats et des aides à l’embauche d’apprentis. Pour Yves Hinnekint, président de l’association de promotion de l’alternance Walt, si des ajustements budgétaires sont à faire pour soulager la trésorerie de France Compétences, une réduction brutale des financements risquerait de donner un coup d’arrêt à la dynamique engagée depuis 2018.

En tant que président d’une association promotrice de l’alternance qui regroupe environ 50 % des CFA français, comment accueillez-vous ce rapport de la Cour des comptes ?

Yves Hinnekint : D’une certaine façon, ce rapport démontre que l’alternance est victime de son succès. Son image a changé, ce n’est plus la voie de l’échec telle qu’elle était encore perçue quelques années en arrière. Au point qu’aujourd’hui les entreprises se retrouvent confrontées à un problème de sourcing inédit puisqu’elles offrent plus de postes d’alternants qu’il n’y a de jeunes pour les occuper. Avec environ 852 000 contrats d’alternance recensés en 2021, l’alternance est entrée dans une crise de croissance – positive ! – mais il ne faut pas se mentir : le système de financement tel qu’il existe ne pourra pas encaisser le million d’apprentis annoncé aux alentours de 2023. Une révision des circuits financiers est indispensable. Pour autant, il ne faudrait pas noyer le bébé avec l’eau du bain : la Cour des comptes parle « d’impasse budgétaire » à propos des conséquences de la réforme, mais n’oublions pas qu’avant, ce sont les jeunes qui étaient dans une impasse face à l’insertion dans l’emploi ! L’étude réalisée par Walt et Goodwill-management en novembre 2021 montre par ailleurs qu’un euro investi dans un contrat d’apprentissage génère 1,21 euro pour les finances publiques, soit 3 368 euros par jeune en apprentissage. L’apprentissage n’est donc pas financé "à perte" pour notre pays. C’est un investissement.

La Cour des comptes suggère plusieurs pistes d’économie, à commencer par une réduction des coûts-contrats. Qu’en pensez-vous ?

Y. H. : L’ascenseur social à la française peut-il se passer de l’apprentissage ? Comme dit plus haut, je comprends que le système ne sera bientôt plus financièrement soutenable, mais doit-on forcément frapper l’alternance au portefeuille pour réduire ses coûts en négligeant ses bénéfices ? Il est beaucoup reproché à l’apprentissage de s’être développé dans l’enseignement supérieur au détriment des niveaux de formation inférieurs, mais s’il s’y est tant développé, c’est aussi parce que c’est là où il était initialement peu présent ! C’est la marque de la réussite de la réforme, pas de son échec. J’en appelle à la raison collective pour ne pas briser la dynamique qui s’est engagée depuis 2018. Il y a probablement des ajustements à faire au niveau des coûts-contrats, mais un coup de rabot risquerait de nous faire revenir à la situation préréforme, quand on peinait à dépasser les 400 000 apprentis. On pourrait imaginer des fléchages financiers alternatifs. Par exemple, une réorientation de certains budgets de Pôle emploi vers France Compétences lorsque la situation de l’emploi s’améliore dans le pays. C’est une possibilité.

L’arrêt des aides à l’embauche d’apprentis (5 000 euros pour un apprenti mineur, 8 000 pour un majeur ou un alternant en situation de handicap) que suggère la Cour maintenant que la situation pandémique ne fait plus peser de risques sur le recrutement constituerait-il une façon de contourner « l’impasse budgétaire » soulignée dans le rapport ?

Y. H. : La situation des entreprises est encore fragile et stopper d’un coup ces aides que le ministre du Travail a souhaité prolonger tout au long de 2022 serait sans doute un mauvais message envoyé aux entreprises employeuses d’apprentis. Avant toute décision hâtive, mieux vaudrait-il réfléchir collectivement.

 

 

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre