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« La baisse des recrutements d’apprentis vient surtout des TPE et des PME » (CCI France)

Apprentissage | publié le : 03.09.2020 |

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Questions à… Pierre Goguet, président de CCI France

Cette rentrée se traduit-elle par une baisse du nombre d’apprentis dans vos CFA ?

Pierre Goguet : Pour l’instant, nous ne disposons pas de chiffres consolidés. D’après les remontées du terrain, il semblerait qu’à ce stade nous comptions entre 40 et 50 000 signataires d’un contrat d’apprentissage dans nos établissements contre 85 000 l’an dernier. Mais notre campagne de recrutement se poursuit jusqu’en octobre. Ce que nous observons, c’est que cette tendance à la baisse du nombre de recrutement d’apprentis est à ce stade très variable d’une région et d’un secteur à l’autre. D’une manière générale, ce sont surtout les formations de niveau infra-bac qui semblent souffrir de cette moindre appétence pour l’apprentissage, les parents semblant préférer miser sur la sécurité des cursus de formation initiale pour leurs enfants. C’est moins vrai pour les formations supérieures où l’alternance a toujours la cote. Parmi les secteurs les plus touchés, on compte notamment le commerce, les métiers de bouche mais surtout l’hôtellerie-restauration et le tourisme. La quasi-mise à l’arrêt de l’activité touristique à Paris cet été explique en partie le retard de 40 % du taux de placement d’apprentis. Les grands groupes ont poursuivi leurs politiques volontaristes en matière de recrutements d’apprentis, mais de nombreuses TPE et PME sont tétanisées par les conséquences de la crise.

 La mise en place de primes pour l’embauche d’apprentis a-t-elle permis de sauver la rentrée ?

P.G. : Il est trop tôt pour mesurer concrètement les effets de la prime, mais il faut saluer l’effort en direction de l’apprentissage réalisé par le Gouvernement qui y consacre une part importante de son « plan jeunes ». Les nouvelles aides à l’embauche mises en place permettent au moins d’évacuer l’argument « salarial » que peuvent invoquer certaines entreprises pour justifier leur refus de prendre un apprenti puisque les primes versées compensent presque 100 % de la rémunération des moins de 21 ans et 80 % pour les plus âgés. Reste qu’au vu du contexte économique tendu, il est nécessaire de lever les réticences des chefs d’entreprise. À CCI France où nous entretenons des contacts réguliers avec les employeurs, chaque entretien avec un dirigeant, dans le cadre de l’accompagnement habituel des chambres de commerce (développement économique, fiscalité, etc.) est l’occasion de les sensibiliser sur l’apprentissage. En outre, nous avons mis en place une campagne de communication nationale pour inciter les entreprises à recruter des apprentis (www.trouvez-votre-apprenti.fr)

Le confinement a-t-il été l’occasion de développer une offre distancielle ?

P.G. : Durant le confinement, environ 95 % de nos CFA ont réorganisé leur offre en mode e-learning (webinaires, classes virtuelles…) et sont parvenus à continuer à dispenser leurs enseignements académiques à distance. Le taux de décrochage pendant cette période a concerné environ 5 de l’effectif. Pas du fait de l’absence de suivi des jeunes par nos équipes pédagogiques, mais de l’absence de couverture Internet haut débit dans certaines zones de résidence de nos jeunes. Cette situation remet le focus sur le haut débit pour tous et nous espérons que le plan de relance gouvernemental s’y attaquera.

Propos recueillis par Benjamin d’Alguerre