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Tour de vis sur les budgets d'augmentation

Entreprise & Carrières | Salaires | publié le : 10.02.2015 | Hélène Truffaut et Sabine Germain

Le taux d’inflation donne le la : les enveloppes d’augmentation salariale seront, cette année encore, allégées par rapport aux prévisions estivales, selon les cabinets de conseil spécialisés qui sondent régulièrement les intentions de leurs clients.

En termes de cash, les salariés n’auront pas grand-chose à se mettre sous la dent en 2015. « Il y a des facteurs qui pèsent lourdement sur les négociations, à commencer par l’inflation, commente Vincent Cornet, directeur rémunération globale du cabinet de conseil en RH Aon Hewitt (qui n’a pas encore finalisé sa dernière étude sur le sujet, mais anticipe une diminution des taux). Nous sommes dans un contexte très différent de celui de l’été passé, avec une quasi-déflation et le prix du pétrole qui ne cesse de baisser. »
 
Arbitrages entre emploi et salaires
Les augmentations collectives étant « souvent liées au maintien du pouvoir d’achat », il s’attend donc à ce qu’elles soient « extrêmement faibles, et plutôt axées sur des relèvements de grilles ou de talons ». Par ailleurs, poursuit Vincent Cornet, « on n’en parle pas assez, mais les arbitrages entre emploi et salaires s’accentuent. Les chiffres du chômage demeurent préoccupants alors qu’on espérait atteindre le bout du tunnel plus rapidement. »

De fait, chez Altedia, qui a questionné 125 grandes entreprises en janvier, on enregistre des budgets prévisionnels d’augmentation pour 2015 « autour de 1,6 % », revus à la baisse – entre - 0,3 % et - 0,7 % –, par rapport aux chiffres de septembre 2014 (de 2 % en moyenne). Et ce, sur l’ensemble des secteurs d’activité, à l’exception du secteur banque-crédit, où les NAO commencent en fin d’année, et qui confirme les 2 %.

 Toujours selon Altedia, deux entreprises sur trois ont déclaré avoir une enveloppe budgétaire moins épaisse qu’en 2014. Et elles sont moins d’un quart à conserver le même budget, contre un tiers un an auparavant. Une enveloppe qui intègre les habituelles mesures complémentaires, dont la réduction des écarts (diversité, équité interne, bas salaires), la revalorisation des minima et des primes, des prises en charge par l’employeur (transport, restauration). « L’abondement au Perco et le variable collectif ou individuel sont moins cités que les autres années », souligne Cécile Ingremeau, consultante en rémunération du groupe de conseil en RH.
 
Selon le cabinet d’audit et de conseil Deloitte, les NAO 2015 devraient, en moyenne, octroyer 1,9 % aux cadres et 1,85 % aux non-cadres, alors que le budget prévisionnel, publié en septembre, était de 2 %. « Les enveloppes effectivement distribuées en 2014 étaient de 2 % pour les deux populations », rappelle Jean-Philippe Gouin, directeur capital humain chez Deloitte. La part des augmentations collectives devrait rester stable cette année pour les non-cadres, soit 52 %, comme pour les cadres, soit 46 %.
 
Individualisation
Autre point clé de ces NAO : « Plus d’une entreprise sur deux (54 %) déclarent n’envisager que des augmentations individuelles pour leurs cadres, ajoute-t-il. La tendance à l’individualisation, qui s’était un peu tassée pendant la crise, se manifeste à nouveau : il s’agit de récompenser et de fidéliser les collaborateurs les plus performants. »
 
Les secteurs les mieux lotis ? Toujours les mêmes, selon Deloitte : pharmacie, énergie, banque, finance et assurance. Même si les syndicats de la banque ont une tout autre lecture de la situation (lire l’encadré ci-contre). En queue de peloton : les services, les transports et la logistique, la grande distribution et l’hôtellerie-restauration, liste Jean-Philippe Gouin. Il pointe également l’écart entre grandes entreprises et celles réalisant moins de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Lesquelles proposent 0,5 point de plus que les premières, avec un taux de 2,1 % pour les non-cadres et de 2,3 % pour les cadres. Une bonne occasion, pour les grands groupes, de valoriser leur package d’avantages sociaux.
 
 

Dans les banques : de l’imagination à défaut d’augmentations générales

 Pour 2015, deux banques seulement ont accordé une augmentationgénérale à leurs salariés : le groupe Crédit mutuel-CIC (0,8 % au 1er janvier, avec un plancher de 300 euros) et BNP Paribas (0,5 % au 1er avril, avec un plancher de 250 euros). « Où est le juste retour de notre engagement pour l’entreprise ? », demande la CFDT BNP Paribas, qui a le sentiment que « seuls les salariés subissent les conséquences de l’affaire américaine*. »
 
Un argument qui n’a pu être opposé aux salariés de Crédit agricole SA, de BPCE et de LCL, qui ont obtenu un zéro pointé d’augmentation générale. Quant à la Banque postale, elle n’a accordé un bonus qu’aux plus bas salaires : 400 euros d’augmentation pour les salaires inférieurs à 40 000 euros, 0,5 % pour ceux compris entre 40 000 et 50 000 euros.
 
Les collaborateurs ont eu le temps de s’habituer à cette nouvelle politique salariale : cela fait déjà plusieurs années que les banques font preuve d’imagination pour échapper aux augmentations générales. En dopant les primes d’intéressement, comme l’ont fait la Société générale (+ 200 à + 400 euros) et BNP Paribas (+ 450 euros). Ou en inventant de nouveaux dispositifs : LCL propose un système d’écrêtement des prêts immobiliers destiné à faciliter l’accession au logement de ses salariés ; la Société générale accorde deux jours de congé paternité supplémentaires ; BNP Paribas affecte 1,2 million d’euros à sa politique d’égalité femmes-hommes… Le concours d’idées est ouvert.
 

* Fin juin 2014, une amende record de près de 6 milliards d’euros a été infligée par les autorités américaines à BNP Paribas.

Auteur

  • Hélène Truffaut et Sabine Germain