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Réfugiés : une intégration professionnelle perfectible

Marché de l'emploi | publié le : 30.08.2022 | Gilmar Sequeira Martins

Refugees from Ukraine on the border with Slovakia. Women and chi

Dans un marché de l’emploi en tension, les réfugiés peuvent-ils contribuer à répondre à la demande des entreprises ? Selon les données fournies par le ministère de l’Intérieur, leur nombre a en effet fortement augmenté depuis 2014 puisque plus de 138 000 demandes d’asile ont été enregistrées en 2019. En 2020 et 2021, le nombre de personnes se voyant accorder l’asile a fortement augmenté, passant de 33 000 à 54 000. Les réfugiés constituaient en 2018 entre 10 % et 15 % des "primo-arrivants" (étrangers ayant obtenu un premier titre de séjour d’une durée d’un an). Une étude a été menée sur huit départements (Bouches-du-Rhône, Gard, Ille-et-Vilaine, Nord, Haute-Saône , Paris 75, Val-d’Oise et Somme) dans le cadre du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) lancé en 2018. Il en ressort que les réfugiés sont en majorité des hommes, assez jeunes, qui ont grandi dans des pays non-francophones et dont le niveau de formation initiale est peu élevé. Dans certains départements, près de la moitié d’entre eux n’ont pas fréquenté l’école au-delà du niveau primaire.

L’étude relève que nombre de départements, à l’instar du Nord ou des Bouches-du-Rhône, ont intégré à leurs problématiques historiques (hébergement et logement des réfugiés) celle de l’emploi grâce à des financements prévus par le ministère de l’Intérieur (par le biais du budget opérationnel de programme BOP 104). Ses auteurs constatent que les conseils régionaux se montrent hésitants, tiraillés entre une logique de droit commun et le développement de mesures spécifiques. Par ailleurs, les entreprises ne s’impliquent "qu’exceptionnellement" dans la gouvernance des politiques et des instances de pilotage.

Autre constat préoccupant : les professionnels de l’accompagnement disposent rarement d’outils efficaces pour évaluer les besoins linguistiques, mais aussi déterminer les prérequis nécessaires pour accéder aux formations d’apprentissages du français. L’étude y voit une explication "des désajustements entre l’offre et la demande de cours de français" et "des incohérences" dans les parcours d’apprentissage linguistiques puisque certains réfugiés participent plusieurs fois aux mêmes cours… Nombre d’acteurs estiment que les formations linguistiques de l’Office français de l’immigration et de I’intégration sont "souvent insuffisantes" pour engager un parcours formation-emploi. Plus préoccupant encore, dans beaucoup de départements a surgi une problématique centrée sur les personnes en situation d’illettrisme ou présentant un très faible niveau scolaire, public dont le nombre tend à augmenter. L’étude note cependant que l’accord entre l’OFII, l’État et Pôle emploi a permis de meilleurs échanges, et estime que "la professionnalisation du SPE1 sur le public des réfugiés semble en marche". Pour autant, cette amélioration ne doit pas faire oublier qu’une concurrence s’est installée avec des programmes telles que la Garantie Jeunes ou le programme Accelaire de Forum Réfugié, qui engendrent une plus grande complexité des parcours.

* SPE : Service public de l’emploi.

 

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins