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Les espoirs de croissance de l'intérim "douchés" par les crises internationales

Marché de l'emploi | publié le : 28.06.2022 | Benjamin d'Alguerre

Concept mot créatif sur papier déchiré - interim

Malgré une reprise post-Covid, la situation internationale fait craindre le pire pour le secteur de l’intérim. Les employeurs de la branche demandent à l’État de prendre un certain nombre de mesures réglementaires pour aider ces entreprises à maintenir leur investissement sur l’emploi.

Le temps se couvre sur l’horizon de l’intérim. L’embellie qui avait caractérisé la reprise de l’activité post-pandémie commence à montrer des signes de faiblesse sous les coups de l’actualité internationale, guerre en Ukraine et stratégie "zéro Covid" chinoise, qui ont mis un coup d’arrêt à une partie de l’économie mondiale. "On espérait que l’activité se maintienne dans la continuité du troisième semestre 2021, mais les événements politiques et économiques ont douché nos espoirs", soupirait Gilles Lafon, président de Prism’emploi, la fédération patronale du secteur du travail temporaire, à l’occasion d’une conférence de presse mardi 28 juin.

Sur la globalité, toutefois, les effectifs intérimaires (757 830 ETP) s’inscrivent toujours dans la tendance à la hausse constatée depuis la fin des confinements (les effectifs de travailleurs temporaires ont crû de 10,7 % par rapport à 2021), mais la chute n’en reste pas moins visible sur les quatre derniers mois : 14 % d’effectifs intérimaires dans les entreprises en janvier 2022, 6,8 % en avril…. Et une observation secteur par secteur confirme les inquiétudes des employeurs du travail temporaire. Dans l’industrie, secteur qui tire habituellement l’intérim vers le haut, la croissance des effectifs n’est "que" de 6,4 %. Une situation qui a poussé les partenaires sociaux des deux branches à prolonger leurs accords APLD (activité partielle longue durée) pour pouvoir se préparer à un futur potentiellement difficile. Dans le même temps, le recours à l’intérim se maintient à peine à flot dans le transport (1,5 %) et enregistre une chute libre de 9 % dans le BTP. "Aujourd’hui, nous sommes portés par le commerce (+ 17,5 %) et les services (+ 21,3 %), deux secteurs fortement dépendants des mesures sanitaires. En cas de nouvelles restrictions pour raisons pandémiques, ils seraient à leur tour fortement atteints", alerte Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale du Prism’Emploi. Confirmation par le recul du nombre d’ouvriers qualifiés et non-qualifiés parmi les travailleurs temporaires. Si les premiers progressent de 6,2, la seconde catégorie socioprofessionnelle accuse un recul de 0,1 %. En 2021-2022, le recours des entreprises aux intérimaires concerne surtout des cadres et professions intermédiaires (+ 9,6 %) et des employés (+ 29,1 %). Quant au nombre de contrats à durée indéterminée intérimaires (CD2i) – ces contrats propres au secteur lissant la rémunération annuelle d’un intérimaire engagé sur plusieurs missions tout au long de l’année accompagnées de périodes de formation – son maintien en matière d’effectifs malgré la crise (30 000 contrats en 2021, soit 6,6 % de l’effectif intérimaire total, notamment porté par l’industrie et les activités de transport-entreprosage), est surtout lié à son éligibilité à l’activité partielle pendant la séquence Covid.

Bref, la dégradation attendue de la situation de l’emploi dans les prochains mois pousse les employeurs du secteur à tirer la sonnette d’alarme. Si le secteur se donne les moyens de continuer à former ses intérimaires grâce au maintien de la contribution des entreprises de 0,3 % de leur masse salaire au fonds professionnel pour l’emploi dans le travail temporaire (FPE-TT), du renforcement de ses liens avec son Opco Akto (via sa contribution conventionnelle de 2,67 %) et de la signature de nombreuses conventions territoriales avec Pôle emploi, la branche demande à l’État de prendre sa part en facilitant l’action des entreprises d’intérim sur le champ de l’emploi.

Suppression du délai de carence entre deux missions et du CDI d’employabilité

Dans son train de propositions pour aider la branche à traverser les turbulences annoncées, Prism’Emploi suggère ainsi de permettre aux employeurs de donner un coup de boost au pouvoir d’achat des salariés intérimaires grâce à une exonération de charges sociales jusqu’à hauteur de 1,4 Smic sur les indemnités de fin de mission (IFM) et l'indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) auxquelles sont assujetties les entreprises de travail temporaire en contrepartie d’une revalorisation des rémunérations de leurs salariés. Autre scénario : ces indemnités (IFM et ICCP) pourraient être sanctuarisées sous forme défiscalisée sur les comptes-épargne temps universels (CETU) des travailleurs temporaires – dès lors que ces derniers seront mis en place conformément aux promesses de campagne d’Emmanuel Macron – et dédiés ainsi au financement d’un "service d’accompagnement individualisé, de formation et de gestion des parcours professionnels" très inspiré du conseil en évaluation professionnelle (CEP) à la main de la branche pour accompagner les intérimaires dans la sécurisation de leurs parcours professionnels. Un service que proposait déjà l’ancien Faf-TT, ex-Opca de la branche, mais que les nouveaux Opco ne peuvent réglementairement plus déployer après la réforme de 2018.

Parmi les autres coups de pouce réglementaires demandés par le patronat de la branche figure aussi la fin du délai de carence entre deux missions d’intérim. Non seulement un moyen pour une entreprise de travail temporaire de replacer immédiatement un intérimaire sur une autre mission dès la fin d’une précédente… mais aussi au secteur d’échapper en partie aux règles du bonus-malus, applicables au mois de septembre prochain. Autre sujet d’importance pour la fédération, la fin de l’expérimentation gouvernementale sur le CDI d’employabilité, un dispositif "flexisécuritaire" né dans la loi Avenir professionnel de 2018 et dont la période test, qui devait initialement s’achever le 31 décembre 2021, a été prolongée jusqu’en 2023. Conçu pour les personnes les plus éloignées de l'emploi (demandeurs d’emploi longue durée, seniors, bénéficiaires de minima sociaux, actifs handicapés, migrants, etc.) ou condamnées aux contrats courts, ce nouveau type de contrat de travail permet à ses bénéficiaires d'accéder à un CDI et tous ses avantages (sécurité de l'emploi, congés payés, ancienneté, mutuelle...) tout en bénéficiant de droits à la formation majorés et d'un investissement poussé sur son employabilité future (suivi individualisé, formations qualifiantes...). Un dispositif placé directement en concurrence avec le CD2i, selon Prism’Emploi. En outre, "ce contrat est moins contraignant et moins coûteux pour les entreprises que le CDI intérimaire tout en offrant moins de protections à ses bénéficiaires", observe Isabelle Eynaud-Chevalier. Les calculs de Prism’Emploi pointent un différentiel de coût pour l’entreprise utilisatrice de 12 % entre le CDI d’employabilité et le CD2i. Une forme de concurrence déloyale à laquelle les employeurs de l’intérim demandent de mettre fin…

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre