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« Le " quoi qu’il en coûte" a peut-être duré un peu trop longtemps »(Cécile Jouin, IFPPC)

Marché de l'emploi | publié le : 28.10.2022 | Benjamin d'Alguerre

Les défaillances d'entreprises risquent-elles de se multiplier en 2023 après plusieurs années d'économie placée sous assistance respiratoire? L’Institut français des praticiens des procédures collectives (IFPPC), fédération des professionnels des entreprises en difficulté, estime que la casse devrait être limitée. Entretien avec sa présidente, Cécile Jouin.

Quel état des lieux établit l'IFPPC sur les défaillances d'entreprises en cette fin d'année 2022?

Cécile Jouin: Nous avons traversé deux années historiques avec des nombres extrêmement bas de défaillances d’entreprises. Alors qu’habituellement, celles-ci oscillent autour des 55.000 par an, elles n’ont été que de 28.166 en 2020 et 27.103 en 2021 sous la double influence des différentes aides mises en place par le Gouvernement et du rebond économique en fin d’année dernière. Cette année encore, le taux de défaillances devrait se situer en deçà de la normale: entre 38.000 et 40.000 d’ici Noël prochain.

Risque-t-on un rééquilibrage violent en 2023?

C. J.: Difficile à dire. Il faut se rendre compte que nous sommes dans une situation où beaucoup de sujets se multiplient, voire se superposent les uns sur les autres: tensions sur les approvisionnements des matières premières, situation géopolitique, guerre en Ukraine qui se prolonge, augmentation des coûts de l’énergie, inflation, endettement supplémentaire (PGE), difficultés de recrutement… cela va certainement conduire à augmenter le nombre de défaillances d’entreprises en 2023 et 2024, mais tout de même pas dans les proportions de 100.000 à 150.000, comme on a pu le lire. Rappelons-nous qu’à l’occasion de la précédente crise de 2008-2010, ce nombre n’a jamais excédé 65.000 chaque année.

Comment expliquez-vous cette résilience des entreprises françaises?

C. J.: Essentiellement parce que nous nous trouvons encore dans la suite immédiate du contexte des aides massives aux entreprises. Il est cependant trop tôt pour parler de véritable résilience. Les politiques d’aides menées par le Gouvernement ces dernières années ont masqué la situation difficile de certaines d’entre elles, n'ayant survécu que grâce au soutien des politiques publiques. On a beaucoup parlé de ces « entreprises zombies » ces dernières années, c’est-à-dire ces sociétés qui, sans le soutien financier de l’État, auraient mis la clé sous la porte, et qui ont pu bénéficier d’une survie supplémentaire grâce aux aides. Le « quoi qu’il en coûte » a peut-être duré un peu trop longtemps, même si c’est facile à dire après coup.

Idéalement, comment éviter les défaillances d’entreprises, lorsqu’elles peuvent l’être?

C. J.: En France, les dirigeants d’entreprises, notamment de TPE-PME, ont tendance à n’appeler à l’aide que lorsqu’il est presque trop tard, lorsqu’une procédure drastique de type liquidation ou redressement judiciaire est déjà inévitable. Alors que recourir en amont à un professionnel dès lors qu’il s’agit, par exemple, de rééchelonner une dette, permettrait de réduire la gravité de certaines situations.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre