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« L’Apec doit devenir un accompagnateur tout au long de la carrière » (Gilles Gateau, directeur général de l'Apec)

Marché de l'emploi | publié le : 09.09.2021 | Benjamin d'Alguerre

Lundi 6 septembre, l’Apec signait avec Élisabeth Borne un nouveau mandat de service public pour cinq ans placé sous le signe de l’adaptation de l’association aux mutations du marché de l’emploi cadre. Entretien avec Gilles Gateau, son directeur général.

Comment cette nouvelle délégation de service public va-t-elle se traduire dans la stratégie de l’association ?

Gilles Gateau : Ce nouveau mandat 2022-2026 n’est pas la reconduite à l’identique des deux précédents. C’est nécessaire : la crise que nous vivons accélère les mutations. Le marché de l’emploi des cadres évolue, et ne ressemble plus à celui d’il y a dix ans. C’est pourquoi nous voulons repenser notre offre de services et la réarticuler autour de cinq ambitions. En premier lieu, en apportant une réponse plus forte aux difficultés de recrutement et aux tensions sur le marché de l’emploi, accrues dans la période que nous vivons. Il ne faut pas que la reprise soit pénalisée parce que les entreprises peinent à recruter. Nous allons donc concentrer davantage d’efforts pour mieux aider à satisfaire les besoins en recrutement des TPE-PME. Cela se traduira par exemple par une évolution de notre processus de présentation des candidats, ainsi qu’une multiplication de nos job-datings « Apec Connect »,  facilités par le retour des événements en présentiel. Deuxième ambition : développer l’accompagnement de nos clients tout au long de la vie. L’Apec intervient dans les moments-clés de la vie professionnelle d’un cadre : l’accès au premier emploi après les études, la réflexion sur une reconversion professionnelle souvent à mi-carrière, les séquences du chômage, etc. Mais aujourd’hui, la carrière professionnelle s’inscrit de plus en plus dans un continuum permanent. On voit par exemple de plus en plus de trentenaires, occupant un emploi depuis seulement quelques années, venir consulter l’Apec pour changer de métier. Cela nous oblige à modifier notre vision : l’Apec doit devenir encore davantage un accompagnateur tout au long de la carrière, en gardant le lien durablement avec ses clients. Troisièmement, nous allons être davantage présents pour accompagner ceux parmi nos clients qui rencontrent le plus de risques ou de difficultés sur le marché du travail – ce qui existe aussi chez les cadres ! Il peut s’agir par exemple de cadres expérimentés dans les dernières étapes de la carrière. Ou, si l’on parle d’actualité, de jeunes diplômés en difficulté d’insertion. La promotion sortie en 2020 a rencontré des difficultés inhabituelles pour accéder au marché de l’emploi à cause de la pandémie. Avec la reprise économique, les choses s’arrangent… mais la promotion 2021 pousse déjà derrière ! Quatrième initiative : développer notre offre de services en « phygital ». Aujourd’hui, notre job-boards en ligne Apec.fr, ou nos simulateurs de salaires, fonctionnent bien mais nous voulons mettre davantage d’outils en ligne au service des cadres, comme des tutos pour rédiger des CV, sur Apec.fr. Enfin, notre cinquième ambition sera de remettre l’innovation au cœur de la culture de l’Apec. L’association a toujours été innovante, mais nous avons besoin d’une nouvelle dynamique, plus forte !. Nous voulons développer des outils, des méthodes ou des dispositifs à partager avec tout l’écosystème de l’emploi dans une logique d’intérêt général.

Le dispositif « Objectif premier emploi » a été reconduit une année de plus. Quels sont le bilan de la première année de son déploiement et vos objectifs pour 2021-2022 ?

G. G : Le conseil d’administration paritaire de l’Apec avait fixé un objectif de 50.000 jeunes diplômés à accompagner – soit plus de deux fois plus qu’en année normale. L’État a apporté un soutien pour couvrir une partie de cette cible, dans le cadre du Plan #1jeune1solution. Aujourd’hui, nous avons atteint l’objectif ! L’enquête que nous avons menée avant l’été montre que sur ces 50.000 jeunes, sept sur dix sont aujourd’hui en activité. En CDI pour la moitié d’entre eux ; en CDD, contrat d’alternance, auto-entreprise ou autres modalités d’emploi pour l’autre moitié. Sur ceux qui restent, 25 % sont toujours en recherche d’emploi et environ 5 % ont repris leurs études. Nous allons relancer l’opération cette année, avec un objectif toujours ambitieux de 40.000 jeunes diplômés, adapté à la situation puisque l’emploi repart « naturellement » avec la reprise économique.

La rentrée sociale 2021 est marquée par la question des pénuries de recrutement et les augmentations de salaire. L’emploi des cadres est-il aussi confronté à cette problématique ?

G. G : Oui. Les tensions sur le marché de l’emploi cadre n’ont jamais vraiment disparu, même pendant la crise. Il existe toujours des profils pénuriques (commerciaux, technico-commerciaux, ingénieurs dans certains secteurs de la tech…) pour lesquels les entreprises peinent à recruter. Par ailleurs, nous sommes face à un marché du travail souvent trop « formaté » et les exigences « spontanées » des employeurs conduisent parfois à écarter d’office certains profils (personnes trop jeunes ou trop âgées, ou dont le parcours ne correspond pas exactement à l’emploi à pourvoir…). Il y a tout un travail à faire auprès des recruteurs pour les convaincre de miser sur certains profils auxquels ils ne pensent pas spontanément, quitte à mettre en place des solutions formation pour réadapter les compétences au poste recherché. C’est une mission essentielle pour nous d’accompagner ce mouvement..

Photo: signature, à Nantes, de la délégation de service public 2021-2026 de l'Apec, le 6 septembre.  De gauche à droite: Gilles Gateau, directeur général de l'Apec; Elisabeth Borne, ministre du Travail; Christine Lê, présidente (CFE-CGC) du conseil d'administration de l'Apec; Laurent Da Silva, vice-président (Medef) du conseil d'administration de l'Apec. Crédit photo: Apec.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre