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Emploi cadres : la dynamique ne profite pas à tous

Marché de l'emploi | publié le : 27.10.2021 | Benjamin d'Alguerre

Job agency vector illustration. Tiny employee headhunters person

« Le commerce et les services recrutent beaucoup. L’industrie ne s’est pas complètement reprise », note Gilles Gateau, directeur général de l’Apec.

Crédit photo VectorMine - stock.adobe.com

Attention au prisme déformant des bons chiffres de l’emploi cadre. Si les recrutements repartent à la hausse, certains secteurs connaissent de graves pénuries de compétences et plusieurs catégories (jeunes diplômés, cadres au chômage de longue durée et seniors) profitent moins de la reprise que les autres selon la dernière note de conjoncture de l’Apec dévoilée le 27 octobre.

Sur le papier, tout va bien. Depuis le mois de juin 2021, les offres de recrutement de cadres s’accumulent sur les serveurs d’Apec.fr, le site de l’Agence pour l’emploi des cadres qui recense quelque 45% de l’offre d’emploi pour cette catégorie. Au troisième trimestre 2021, le niveau de propositions de recrutement est même de 8% supérieur à celui de 2019, une première depuis la crise Covid-19. Au total, les services de l’Apec prévoient quelque 247 000 recrutements de cadres sur l’année. En partie portée par la reprise économique, cette embellie s’explique également par la volonté des entreprises de « rattraper le temps perdu » durant la pandémie alors que leur politique de recrutement était en stand-by. Interrogées par l’Apec, 55% des entreprises indiquaient ainsi leur volonté de recruter au moins un cadre en 2021. À tempérer toutefois, car si les grands groupes portent ces objectifs de recrutement, ce n’est le cas que de 18% des PME et 5% des TPE.

C’est surtout le secteur de la santé et de l’action sociale qui est demandeur de cadres (+45% d’offres déposées par rapport à l’avant-crise), suivi de l’industrie pharmaceutique (+39%), la distribution (+31%) et l’immobilier (+27%). « Le commerce et les services recrutent beaucoup. L’industrie ne s’est pas complètement reprise », note Gilles Gateau, directeur général de l’Apec. Celle-ci voit toujours les intentions de recrutement inférieures de 3% à l’avant-crise. Notamment dans les secteurs fortement impactés par les conséquences économiques de la pandémie, comme l’aéronautique et l’automobile (-10%). Mais d’autres domaines du tertiaire se serrent également la ceinture, à l’image de la communication et des médias (-14%) ou les télécommunications (-13%).

Mais attention au prisme déformant de l’embellie générale. Au quatrième semestre 2021, 78% des employeurs reconnaissaient faire face à des difficultés de recrutement. « La crise n’a pas fabriqué les data-analysts et les conducteurs de travaux dont les entreprises ont besoin », reconnaît Gilles Gateau. De vives tensions se font sentir sur plusieurs catégories de cadres, et la pénurie touche particulièrement les métiers d’ingénieurs du bâtiment ou du BTP, de conducteurs de travaux, de chefs de chantier ; d’administrateurs ou de techniciens de maintenance en informatique ; de technico-commerciaux ou d’ingénieurs de fabrication ou de production dans l’industrie. Les cadres ont beau avoir la bougeotte en cette époque d’après-pandémie (62% des cadres de moins de 35 ans et 36% des 35-54 ans aimeraient changer d’employeur), des milliers d’annonces d’emploi ne trouvent pas preneurs, faute des compétences attendues par les employeurs, que ce soit dans des métiers structurellement en tension (experts-comptables) ou nouveaux (consultants en cybersécurité, data-analysts...).

Surtout, trois catégories de cadres subissent encore de plein fouet les effets de la crise : les jeunes diplômés (en 2021, seuls 69% d’entre eux étaient en emploi douze mois après leur sortie d’études, à comparer aux 85% de 2020), les seniors de plus de 55 ans et les chômeurs de longue durée (selon Pôle Emploi, 40% des cadres inscrits comme demandeurs d’emploi le sont depuis plus d’un an). Trois populations sur lesquelles les yeux de l’Apec sont particulièrement tournés et ses dispositifs spécifiques (« Objectif premier emploi » pour les jeunes, « Nouveaux horizons » pour les demandeurs d’emploi de longue durée ou « Talents seniors » pour les plus de 55 ans) largement mobilisés durant cette période de reprise.

 

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre