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L’open space expose 3,2 millions de salariés à de moins bonnes conditions de travail

Santé au travail | publié le : 11.12.2023 | Gilmar Sequeira Martins

L’open space expose 3,2 millions de salariés à de moins bonnes conditions de travail

L’open space expose 3,2 millions de salariés à de moins bonnes conditions de travail.

Crédit photo LIGHTFIELD STUDIOS/Adobe stock

Pour la première fois, une étude révèle que les conditions de travail et l’état de santé des travailleurs en open space sont moins bons que ceux des salariés travaillant en bureau classique. Ce type d’espace de travail accueille pourtant 3,2 millions de personnes, soit 40 % des 8,1 millions d’employés occupant un emploi de bureau. Au total, ils représentent 13 % de l’ensemble des salariés.  

Désormais très répandu, l’open space n’avait jusqu’à présent fait l’objet d’aucune étude détaillée sur ses occupants ni sur leurs conditions de travail. La Dares vient de combler cette lacune. Ses conclusions sont claires : les conditions de travail des salariés travaillant en open space « sont globalement moins bonnes » que celles de leurs homologues travaillant en bureau classique. Il apparaît ainsi que les open spaces étant souvent des lieux clos, aérés par une ventilation artificielle, les salariés présents dans ces lieux subissent plus fréquemment une température élevée (20 % vs 18 % en bureau classique). C’est aussi un environnement plus bruyant. L’étude estime que cela peut affecter le travail, par une distraction accrue, une intimité réduite et des difficultés de concentration. Autre conséquence pointée par l’étude : la mise en place de « stratégies d’adaptation » comme le télétravail afin de pouvoir effectuer ses tâches à domicile.

Les salariés en open space sont exposés à une plus forte intensité du travail. Près de 4 sur 10 (39 %) sont soumis à au moins 3 contraintes de rythme (parmi 8), alors que c’est le cas pour 33 % des salariés en bureau classique, et ils doivent plus fréquemment interrompre une tâche pour en réaliser une autre non prévue (77 % vs 75 %). Pour autant, ce rythme de travail plus contraint ne suscite pas un sentiment de hâte. Ces salariés sont aussi davantage soumis aux contrôles des horaires et leur rythme de travail est plus souvent imposé par un suivi informatisé (42 % vs 36 %), par les contrôles ou une surveillance permanents de la hiérarchie (22 % vs 18 %). Enfin, ils ont moins souvent la possibilité d’organiser leur travail de la manière qui leur convient le mieux. Globalement, ils disposent de marges de manœuvre plus réduites que les salariés travaillant en bureau classique.

Moins bon état de santé

L’open space ne favorise pas le « sens au travail ». Ces salariés éprouvent moins souvent la fierté du travail bien fait (59 % vs 64 % pour les salariés en bureau classique) et ont moins le sentiment de réaliser des tâches utiles aux autres (60 % vs 67 %). Plus fréquemment confrontés à des conflits de valeurs, ils se trouvent contraints d’engager des actions qu’ils n’approuvent pas (9 % vs 7 %). Le sentiment d’insécurité professionnelle par rapport à leur situation professionnelle est aussi plus fort parmi eux. Ils sont plus nombreux (44 % vs 34 %) à avoir vécu durant l’année écoulée « des changements organisationnels [tels qu’] une restructuration, un déménagement de l’établissement, un plan de licenciements, un rachat ou un changement dans l’équipe de direction ». Ils sont aussi plus inquiets sur la pérennité de leur emploi pour l’année suivante, moins nombreux à se sentir capables (61 % vs 70 %) et à avoir envie (46 % vs 57 %) de poursuivre leur activité jusqu’à la retraite.

À ces conditions de travail plus dégradées s’ajoute un état de santé moins bon que celui des salariés travaillant en bureau classique. Ils sont ainsi plus nombreux à avoir « souvent ressenti des douleurs » au cours de l’année précédant l’enquête. L’étude pointe comme causes potentielles l’environnement des open spaces (plus bruyant, souvent équipé de fenêtres sans ouverture ainsi que mobiliers standardisés, de ventilation et d’éclairages artificiels) ainsi que le rythme de travail plus contrôlé et contraint. Les absences dues à des motifs de santé sont plus fréquentes en open space (34 % vs 27 %). Cela tiendrait, selon l’étude, à une exposition au bruit et aux virus plus importante, et aussi aux facteurs de risques psychosociaux comme le manque d’autonomie, qui constitue un facteur de risque des maladies cardiovasculaires et mentales. Un décalage net s’observe notamment du côté de la santé psychique, puisque les salariés en open space sont un peu plus nombreux à présenter un risque élevé de dépression.

D’après les chiffres compilés jusqu’en 2019, 3,2 millions de personnes travaillent en open space, soit 40 % des 8,1 millions d’employés occupant un emploi de bureau ou encore 13 % de l’ensemble des salariés. Qui sont-ils ? Les chiffres font apparaître qu’ils sont plus jeunes que les employés de bureau classique, puisque 21 % ont moins de 30 ans (vs 13 %), soit un écart de 8 points ; plus urbains puisque 59 % résident dans une métropole d’au moins 500 000 habitants (vs 45 % pour ceux travaillant dans un bureau classique). Un point commun toutefois : trois quarts des salariés en open space ou bureau classique sont cadres ou professions intermédiaires.

Des tâches plus « télétravaillables »

Quels métiers exercent-ils ? Toutes les professions de bureau sont concernées, mais 20 d'entre elles concentrent près de 75 % des salariés travaillant en open space, soit 2,3 millions. Le bataillon le plus fourni est celui de la catégorie « ingénieur, cadre d'étude, recherche et développement en informatique ou chef de projets informatiques » avec 262 000 personnes, suivi par les « cadres administratifs, comptables et financiers (hors juristes) », avec 205 000, les « techniciens de services administratifs » (169 200) et les « attachés commerciaux » (166 400). Les télévendeurs ferment la marche avec un effectif de 48 000 personnes seulement, mais celui-ci représente 90 % de l’ensemble des personnes exerçant cette activité, ce qui en fait le métier pratiquant le plus l’open space.

Sans réelle surprise, ce sont les grands établissements de plus de 500 salariés qui accueillent le plus de salariés en open space (27 % vs 20 %) et le secteur public reste en retrait, car seulement 12 % de ses agents travaillent dans ce type d’espace, alors que 26 % se trouvent en bureau classique. Ce type d’espace de travail favorise-t-il le télétravail ? Ces salariés le pratiquent en tout cas plus (22 %) que ceux travaillant en bureau classique (18 %). L’étude pointe un facteur particulièrement favorable : les salariés travaillant en open space ont des tâches plus « télétravaillables ». Ils sont en effet moins souvent encadrants et exercent des métiers d’étude, de recherche, ou dans le domaine de l’informatique. S’y ajoute un autre facteur : le télétravail peut permettre aux salariés d’accéder à un environnement moins bruyant.


Pour en savoir plus : Open space | Quels salariés ? Quelles conditions de travail ?

 

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins