logo Info-Social RH
Se connecter
Newsletter

Les actifs malades plus discriminés et toujours plus… nombreux

Santé au travail | publié le : 18.12.2023 | Gilmar Sequeira Martins

Les actifs malades plus discriminés et toujours plus… nombreux

Les actifs malades plus discriminés et toujours plus… nombreux.

Crédit photo pathdoc/Adobe stock

Dès 2025, un quart des actifs seront atteints d’une maladie chronique selon l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), or les malades sont bien plus fréquemment victimes de discrimination que le reste de la population active. Le 16e baromètre annuel sur les discriminations dans l’emploi dresse un tableau peu reluisant de la situation.

Dans le monde du travail, les personnes atteintes d’une maladie chronique ou d’un handicap sont bien plus fréquemment victimes de discriminations. C’est le constat désolant du 16e baromètre annuel sur les discriminations dans l’emploi1. Réalisé par le Défenseur des droits en partenariat avec l’Organisation internationale du travail, il dresse un bilan qui a le mérite de révéler une réalité souvent sous-estimée ou édulcorée.

Les données recueillies auprès d’un échantillon représentatif de la population active font apparaître l’importance du regard porté sur les personnes. Celles atteintes d’une maladie visible ont trois fois plus de risques d’avoir été confrontées à une discrimination ou un harcèlement discriminatoire en raison de l’état de santé ou du handicap que celles dont la pathologie n’est pas visible. Par ailleurs, les personnes dont la maladie limite leurs possibilités dans la réalisation de leurs activités habituelles ont quatre fois plus de risques d’être discriminées que celles qui n’ont pas ces limitations.

Plus de 40 % des personnes atteintes de maladies chroniques déclarent avoir vécu au moins une situation de discrimination ou de harcèlement discriminatoire, quel que soit le critère retenu, lors de sa recherche d’emploi ou durant le déroulement de sa carrière. C’est deux fois plus que dans le reste de la population active. Une majorité (55 %) de ces personnes considère aussi avoir vécu une situation de harcèlement moral dans l’emploi, contre 35 % pour le reste des actifs.

Propos « stigmatisants »

Enfin, près d’un tiers (30 %) des personnes malades de façon chronique ou en situation de handicap indique avoir été l’objet, lors d’un processus de recrutement, de propos stigmatisants, soit un taux bien supérieur à celui du reste de la population active (13 %). Les données du baromètre révèlent aussi que trois facteurs sont corrélés à l’exposition à une discrimination en raison de l’état de santé ou du handicap : les conditions d’emploi (le fait d’être à temps partiel et de se sentir souvent isolé au travail), la catégorie socioprofessionnelle ainsi que la pénibilité du métier. Il apparaît ainsi que les personnes atteintes d'une maladie chronique qui sont victimes de discrimination dans l'emploi se tournent davantage vers la médecine du travail (17 %, contre 8 % parmi la population active), le référent handicap et l'inspection du travail (9 % contre respectivement 3 % et 4 %).

Logiquement, cette situation a des répercussions sur l’attitude des personnes atteintes de maladies chroniques et sur leurs trajectoires professionnelles. Ainsi, la moitié seulement a révélé son état de santé à son employeur ou supérieur hiérarchique. Parmi ceux qui ont livré ces informations, près de la moitié (40 %) avoue avoir peur des répercussions négatives (sanctions, mesures de représailles, perte de confiance, crainte d’une redistribution des tâches sur d’autres collègues) et craint un changement d’attitude de la part de leur entourage professionnel.

Lorsqu’ils entament un processus de recrutement, plus de la moitié des personnes atteintes de maladie chronique n’évoquent jamais leur problème de santé. Un tiers d’entre eux craint se voir refuser une éventuelle embauche. Cette situation inhibe beaucoup de personnes puisque 59 % déclarent s’être abstenues de répondre à une offre d’emploi qui correspondait pourtant à leurs compétences. Parmi la population active, ce taux n’est que de 34 %. Enfin, un tiers des personnes atteintes d’une maladie chronique doutent de pouvoir continuer à exercer la même activité dans un futur proche (deux ans), alors que c’est le cas de 16 % du reste de la population active.

Face à une telle situation, les services de santé au travail ont un rôle clé à jouer, mais plusieurs difficultés se dressent sur leur chemin. La première tient à la connaissance réduite qu’ont les personnes concernées : la moitié seulement des personnes actives atteintes de maladie chronique connaît « plutôt bien ou très bien » les bons gestes et les mesures de prévention au travail, les informations liées à la santé au travail et les risques auxquels elles sont exposées dans leur emploi.

Un tiers des employeurs ne suit pas les préconisations

Le manque d’effectifs des services de santé au travail joue aussi un rôle considérable puisqu’un quart des salariés concernés n’a pas bénéficié de visite médicale depuis cinq ans et que plus de la moitié des actifs considère que leur médecin du travail « connaît mal leur état de santé ». Plus préoccupant encore, la confiance n’est pas au rendez-vous : près de la moitié des personnes actives malades hésite à informer son médecin du travail sur son état. Le baromètre indique également qu’environ un tiers des salariés malades ou ayant eu un arrêt de plus de 60 jours au cours des cinq dernières années n’a pas bénéficié d’une visite de reprise.

Tout aussi préoccupant, le baromètre relève que dans près d’un tiers des cas, l’employeur n’a pas suivi les préconisations de la médecine du travail pour les salariés atteints d’une maladie chronique. Les données révèlent que 19 % seulement des salariés atteints d’une maladie chronique bénéficient d’un aménagement de leur poste tandis que 29 % n’en bénéficient pas, alors qu’ils en auraient besoin. Parmi ces dernières personnes, plus d’un quart déclare que l’employeur a refusé de mettre en place l’aménagement demandé par le médecin du travail alors qu’il disposait des moyens de le faire, préférant dans certains cas reclasser le salarié ou réorganiser le service.

La hiérarchie et l’employeur apparaissent comme peu soutenants : 4 actifs malades sur 10 déclarent ne pas bénéficier du soutien ni de la compréhension de l’un ou de l’autre. Le baromètre note enfin qu’une part significative des actifs (15 %) estime qu'ils « se sentiraient mal à l’aise » si l’un de leurs collègues avait un cancer ou était porteur du VIH. La situation est d’autant plus préoccupante que 25 % des actifs seront atteints d’une maladie chronique dès 2025, une tendance que le recul de l’âge de la retraite et le vieillissement de la population active vont accélérer.


(1) 16e baromètre sur les discriminations dans l'emploi : Concilier maladies chroniques et travail : un enjeu d’égalité

Auteur

  • Gilmar Sequeira Martins