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« La loi doit initier une révolution culturelle sur la médecine du travail » (Idoko)

Santé au travail | publié le : 10.02.2021 | Lys Zohin

Pour Arnaud Gilberton, fondateur du cabinet Idoko et expert en santé au travail, la mise en oeuvre de la future loi pour renforcer la santé au travail implique une mue culturelle d'envergure. Et des moyens.

Êtes-vous satisfait de la transposition rapide dans la loi du récent accord interprofessionnel sur la santé au travail ?

Arnaud Gilberton : Bien sûr ! Le texte de proposition de loi examiné au Parlement est le fruit d'un travail solide, assez ambitieux, et surtout, c'est un signal fort qui reflète une volonté politique de s'emparer de ce sujet, indispensable compte tenu de la situation actuelle.

Comment la voyez-vous se mettre en place au quotidien ?

A. G. : La loi pose plusieurs grands principes, dont la prévention, et l'ensemble des acteurs sont embarqués, mais les difficultés vont vite apparaître sur le terrain. Si le texte préconise par exemple que les médecins du travail passent au moins un tiers de leur temps dans l'entreprise, comment faire alors qu'ils sont si peu nombreux ? Pour attirer les étudiants en médecine, il faut leur faire prendre conscience de l'intérêt de ce travail et surtout revaloriser la profession. Le médecin du travail doit être un interlocuteur constant de la DRH, en santé, mais aussi et surtout, en matière d'organisation du travail. Il doit avoir un vrai rôle de conseil, au-delà de la seule dimension médicale. Un tel rôle, qui requiert une formation, y compris économique, sur la vie des entreprises, serait de nature à renforcer l'intérêt et susciter davantage de vocations. L'enjeu de l'application de la loi sur le terrain est donc d'initier une transformation culturelle sur le rôle de la médecine du travail – et d'y mettre les moyens...

Les grandes entreprises ont souvent leur propre service de santé au travail, mais quid des PME ?

A. G. : Les PME doivent s'appuyer sur les Services de santé au travail interentreprises (SSTI) dont les prestations – qui se réduisent souvent aux visites médicales individuelles pour les salariés – ne sont pas encore de qualité suffisante. Impossible, dans ces conditions, de mener à bien un exercice collectif en matière de prévention. En outre, conscientes des difficultés mentales des collaborateurs, en raison notamment du télétravail, les PME et ETI ont parfois mis en place des numéros verts ou se sont adjoint les services de psychologues – sans faire appel à leurs services de santé au travail... J'estime que le prisme des partenaires sociaux est encore trop souvent centré sur les risques physiques et chimiques, même si les risques psychosociaux (RPS) figurent dans l'ANI et la proposition de loi. Alors qu'il y a urgence à la traiter, la santé psychologique des salariés n'est pas assez mise en lumière dans le texte de loi.

 

Auteur

  • Lys Zohin