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Rentrée 2022 : les DRH sur le gril

Organisation du travail | publié le : 04.10.2022 | Benjamin d'Alguerre

Hoguera.

Climat social en voie de dégradation, difficultés de recrutement, injonctions à revaloriser le pouvoir d’achat des salariés, insuffisances de la médecine du travail… La rentrée des DRH s’annonce brûlante à en croire le baromètre 2022 de la rentrée sociale de l’ANDRH.

Les dossiers sensibles commencent à s’accumuler sur les bureaux des DRH. "C’est une rentrée très chargée", confessait Benoît Serre, directeur des ressources humaines de l’Oréal et vice-président de l’Association nationale des DRH (ANDRH) à l’occasion de la présentation du baromètre 2022 de l’association consacré à l’ambiance de la rentrée sociale. Et elle n’est pas à la fête. 39 % des DRH sondés lors d’une enquête réalisée cet été redoutent une dégradation du climat social sous l’effet conjugué d’une inflation galopante, de l’augmentation des tarifs de l’énergie et de l’annonce d’une réforme des retraites impopulaire. D’ailleurs, afin de s’y préparer, 18 % des entreprises ont préféré avancer le calendrier de leurs négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les augmentations de salaires afin que ces dernières ne soient pas trop plombées par les hausses des factures énergétiques des entreprises. Et pour doper le pouvoir d’achat de leurs salariés, 40 % prévoient de verser une prime de partage de la valeur (PPV) cette année. Elles étaient 43 % en 2021, mais 38 % n’avaient rien accordé en 2021… et ne comptent pas le faire en 2022 non plus en anticipation des difficultés à venir. Toutefois, 50 % des DRH considèrent "pertinente" cette évolution de l’ancienne "prime Macron". "Cela permet un ajustement court le temps de revoir les rémunérations", juge l’un d’eux.

D’autres moyens de redonner du peps au pouvoir d’achat sont d’ailleurs à l’étude dans les directions des ressources humaines. À l’image du déblocage de l’épargne salariale jusqu’à 10 000 euros cette année, mais aussi du rachat de RTT. Un sujet qui nourrit la réflexion de 44 % des directeurs des ressources humaines, mais à manier avec des pincettes, à en croire Benoît Serre. "Il faudra rester attentif à ce que cela ne pousse pas les salariés à multiplier les heures supplémentaires pour accumuler des RTT. Le rôle d’un DRH, c’est aussi de veiller à l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle", estime le Benoît Serre qui, pour les mêmes raisons, appelle à la vigilance quant à la semaine de quatre jours.

Le recrutement toujours compliqué

Cependant, d’autres sujets marquent l’actualité des directions RH. Le recrutement en premier lieu. 88 % des DRH avouent peiner à trouver des candidats pour les postes à pourvoir dans leurs entreprises. 75 % recourent à l’aide de cabinets de recrutement spécialisés pour dénicher les talents. 72 % engagent un travail sur la marque employeur de leur boîte et 51 % font appel à leurs propres salariés pour écumer leur carnet d’adresses en quête de futurs collaborateurs et les rémunèrent parfois pour cela selon une logique de cooptation. Concernant les compétences, d’ailleurs, 64 % des DRH appellent à la fin de l’empilement des réformes et à la simplification du système. Tous n’ont pas encore trouvé leurs marques avec la loi "avenir professionnel" de 2018. Alors que les entreprises de plus de 250 salariés ne sont plus éligibles aux fonds mutualisés des opérateurs de compétences (Opco), 54 % les directions des ressources humaines réclament "une meilleure prise en charge" des plans de développement des compétences, 52 % "un système de financement pérenne" et 39 % "une harmonisation des services des Opco", notamment la possibilité de limiter le nombre d’interlocuteurs. Une meilleure orientation des jeunes et des demandeurs d’emploi vers les métiers en tension fait également partie de leurs doléances ainsi qu’un moyen pour les entreprises de davantage recourir au CPF des salariés dans la co-construction de leurs plans de développement des compétences.

Alerte sur la santé au travail

En cette période de fin de crise Covid – quoique les absences dues à la huitième vague du virus commencent à être remarquées dans les entreprises – la question de la santé au travail commence également à devenir brûlante. Si 48 % des sondés se disent bien au fait des nouveautés apportées par la loi "santé au travail" de 2021, ils sont 67 % à tirer la sonnette d’alarme sur l’absence de nombre suffisant de médecins du travail pour assurer les visites de pré-reprise et de reprise du travail désormais inscrite dans les textes. "Certaines visites sont rendues impossibles, faute de place", alerte Audrey Richard, présidente de l’ANDRH et DRH du groupe Up. Toujours au chapitre de la santé, le sujet des aidants familiaux s’invite de plus en plus dans l’agenda des directions des ressources humaines, mais n’est pas encore démocratisé au-delà. 52 % des interrogés indiquent ainsi ne mener aucune action particulière en direction de ces salariés obligés de quitter leur poste pour assister un proche en situation de dépendance. 31 % mettent en place des actions de dons de RTT ou de congés et 11 % des campagnes de sensibilisation.

L’ennui ne guette donc pas les DRH en cette rentrée 2022, sans compter que d’autres questions sociales, pour l’heure à l’agenda gouvernemental et parlementaire devraient encore un peu plus bousculer leur quotidien, à l’image de la réforme des retraites assortie de mesures concernant l’emploi des seniors, celle de l’assurance-chômage ou encore la récente initiative d’Olivier Dussopt de souhaiter aligner le statut des salariés en abandon de poste sur celui des démissionnaires avec toutes les inconnues en matière de préavis associées.

Auteur

  • Benjamin d'Alguerre