« Il a fallu convaincre le ministère du Travail de modifier le cadre de l’activité partielle »

Le ministère du Travail a rendu l’intérim éligible à l’activité partielle. Un soulagement pour ce secteur où 75 % des effectifs se sont retrouvés sans emploi depuis le début du confinement, rappelle Isabelle Eynaud-Chevalier, directrice générale de Prism’Emploi.

Dans quelle situation se trouve le secteur de l’intérim ?

Isabelle Eynaud-Chevalier : Entre l’annonce du confinement, le 16 mars, et sa mise en place pratique, le 18, le secteur du travail temporaire a enregistré un écroulement de la demande des entreprises. En deux jours, les agences de travail temporaire ont perdu 60 à 90 % de leur activité. Près de 500 000 intérimaires, c’est-à-dire 75% des effectifs, sont sans mission pour la période allant du 15 au 30 mars. Le trend était déjà en baisse de 5 % sur le mois de mars, mais passer, en aussi peu de temps, de - 5 à - 75 %, c’est du jamais-vu ! En 2008-2009, l’annulation de missions d’intérim avait été deux fois moindre. Cet écroulement s’explique par l’arrêt subit de l’activité dans plusieurs secteurs industriels très consommateurs de travail temporaire, comme l’automobile ou le bâtiment. D’autres secteurs tels que les transports, la pharmacie, la grande distribution ou l’agro-industrie résistent et expriment même des besoins supérieurs à la normale, mais cette suractivité ne compense pas les pertes.

Le ministère du Travail vient de déclarer les intérimaires éligibles à l’activité partielle et a prévu que la période de confinement ne serait pas prise en compte dans le calcul de leur affiliation à l’assurance-chômage. Est-ce un soulagement ?

I. E.-C. : C’était une demande portée par Prism’Emploi depuis le début de la crise. Dans le droit ordinaire, les entreprises de travail temporaires n’étaient pas éligibles au dispositif d’activité partielle. Il a fallu convaincre le ministère de modifier ce cadre, ce qu’il a accepté. Aujourd’hui, nous attendons les instructions détaillées que l’administration du Travail transmettra aux Direccte pour l’application de ces directives.

Plusieurs secteurs font remonter des soucis d’interprétation des consignes ministérielles par les Direccte. Est-ce votre cas ?

I. E.-C. : Non. Vu le caractère spécifique de notre secteur, nous avons choisi de porter nos revendications sur l’activité partielle en tant que branche, et au plan national.

La mobilisation d’Akto, votre OPCO, est-elle à l’agenda ? 

I. E.-C. : Les opérateurs de la branche sont bien sûr très mobilisés. Nous allons nous mettre au travail avec Akto pour une mise en place rapide d’une offre de formation à destination des secteurs qui recrutent encore, comme la grande distribution, mais cela ne compensera pas la fin des missions dans les secteurs industriels ou de la construction. En outre, les organismes de formation ne peuvent fonctionner qu’en distanciel, ce qui ne convient pas à tous les types de qualification et de formation. Nous allons donc demander à Akto de travailler sur la construction de parcours mêlant Foad et VAE, avant d’envisager de déployer cela à grande envergure. Enfin, du côté des entreprises clientes actives, un travail de formation est encore à faire sur les consignes de sécurité sanitaire et les bonnes pratiques en la matière.

Propos recueillis par Benjamin d’Alguerre