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Les politiques anticrise de nos voisins

Enquête | publié le : 01.01.2009 | nos correspondants

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Suède

L’arme des congés et des baisses de salaire

Alors que la situation se dégrade rapidement et que l’Agence de l’emploi prévoit un taux de chômage de 9 % en 2010 (10 % selon des institutions financières) contre 6,2 % en décembre 2008, le gouvernement suédois de centre droit a lancé début décembre un plan de sauvetage de 2,2 milliards d’euros sur trois ans pour stimuler le marché du travail. Objectif : éviter les hausses d’impôts et la détérioration de l’État providence. Les principales mesures anticrise sont l’instauration d’une déduction fiscale pour les rénovations immobilières, des moyens supplémentaires pour les agences de l’emploi, la baisse des charges patronales, l’augmentation du nombre de places et de moyens dans les écoles professionnelles et, enfin, des travaux d’infrastructures.

Le gouvernement n’a pas souhaité reprendre certaines propositions, comme la baisse de la TVA, qui est à 25 % sur la plupart des produits, ou l’instauration d’une allocation familiale supplémentaire, comme l’avait suggéré l’opposition sociale-démocrate. Le gouvernement a également lancé un plan de sauvetage plus spécifique à l’automobile (10 % des exportations, 140 000 emplois, sous-traitants compris) depuis que Ford et General Motors ont annoncé leur intention de se séparer de leurs filiales suédoises Volvo et Saab. Le plan atteint 2,65 milliards d’euros, répartis en soutien à la recherche et au développement, en garanties de crédit et en prêts d’urgence aux entreprises en difficulté. Sur le terrain, les réactions sont variées. Ikea aide ses employés licenciés dans les entrepôts de Jönköping et Älmhult en utilisant les services d’une société de -réinsertion, une méthode classique en Suède depuis la crise du début des années 90. Dans l’usine SSAB, qui fabrique des plaques d’acier à Oxelösund, on espère encore éviter les licenciements secs en allouant notamment des congés sabbatiques pour étudier. La société de placement de fonds Öhman s’est mise d’accord avec ses 150 employés pour baisser les salaires dès novembre afin de réduire rapidement les coûts. L’accord prévoit de diminuer de 15 % la partie du salaire qui excède 1 890 euros – hors bonus, le salaire moyen était de 5 670 euros l’an dernier. « 90 % de nos coûts sont des coûts de personnel, a expliqué le P-DG, Mats Carlsson. C’est là-dessus que nous pouvons jouer. » L’accord n’indique pas de durée déterminée. Le syndicat de la finance n’encourage pas ses adhérents à accepter. « Selon mon expérience, les baisses de salaire ne sauvent pas les salaires à terme, estime Arne de Lange, juriste au syndicat. Et l’inconvénient est qu’elles détériorent la couverture sociale des salariés puisque le salaire de référence diminue. » Olivier Truc, à Stockholm

Allemagne

Le chômage partiel arrive en force

Quatre semaines de vacances forcées à Noël et entre 20 000 et 30 000 salariés au chômage partiel pour au moins deux mois et demi ! L’annonce, courant décembre, de Sindelfingen, siège de l’usine mère du constructeur automobile Daimler, montre avec quelle brutalité la crise internationale touche la première économie d’Europe. Le freinage est d’autant plus fort que les entreprises allemandes sont très dépendantes de la situation économique mondiale. Face à la crise, elles veulent éviter à tout prix de tailler dans leurs effectifs maison. Parce que nombre d’entre elles ont négocié des accord -collectifs sur la sécurité de -l’emploi jusqu’en 2010-2011 et qu’elles répugnent à se séparer d’un -personnel qualifié devenu rare et formé au prix fort. Les premières mesures ont donc touché les intérimaires : « Nous estimons qu’environ 15 % d’entre eux seront licenciés ou n’obtiendront pas de nouveau contrat », évalue Gerd Denzel, expert chez Verdi, le syndicat des services. Pour 2009, la Fédération des PME de l’intérim (AMP) table sur environ 50 000 intérimaires au chômage (sur 750 000).

Parmi les autres mesures figurent le ralentissement de la production. Le chimiste BASF a stoppé l’activité de 80 de ses 200 sites dans le monde. Pour limiter les -effets de ce ralentissement, les comptes épargne temps sont pleinement utilisés. Durant les années de -croissance, les salariés de Daimler ont pu économiser jusqu’à deux cents heures, ceux de BMW trois cents, et ceux de VW quatre cents. Autre dispositif, celui des « corridors de temps de travail » : il permet de varier les cadences sans trop toucher aux salaires, mais se révèle insuffisant face à l’ampleur de la crise. Volkswagen et BMW pensent tenir jusqu’au début 2009. Chez Daimler, les crédits sont épuisés depuis octobre et on parle d’instaurer des semaines de quatre ou trois jours.

L’étage suivant du dispositif anticrise a donc été lancé. C’est le recours au chômage partiel, une mesure où l’État fédéral prend 60 à 67 % du salaire en charge. L’Agence pour l’emploi, qui prévoyait 80 000 mesures de chômage partiel pour 2008, estime que le cap des 200 000 sera dépassé à la Saint-Sylvestre. Face à cette situation, l’État a décidé d’allonger le temps de validité de cette mesure de douze à dix-huit mois par entreprise. Par ailleurs, les syndicats commencent à envisager de négocier des « clauses d’ouvertures » permettant de geler temporairement les accords collectifs. Enfin, les acteurs économiques espèrent que le gouvernement fédéral va présenter un plan de soutien aux PME sous-traitantes qui ont peu de marges de manœuvre et recourent au dépôt de bilan. Thomas Schnee, à Berlin

Espagne

Le public à la rescousse des PME

José Luis Postigo raccroche le téléphone : « Encore un client qui veut me payer à deux cent soixante-dix jours. À ce rythme-là, on ferme boutique dans six mois. » Les factures s’accumulent sur son -bureau. La petite entreprise d’études techniques spécialisée dans l’excavation et la perforation de tunnels, montée avec son frère il y a sept ans, à Madrid, était jusqu’ici florissante. « Aujourd’hui, tout est en stand-by. Le travail, il y en a, ce n’est pas la question, nous continuons de remplir notre carnet de commandes.

Le problème est que nous n’avons pas la trésorerie pour attendre : personne ne nous paie et les banques refusent les crédits. On ne pourra pas tenir éternellement. »

Autour de lui, le son de cloche est le même, raconte-t-il : « Les commanditaires sont coincés, ils attendent des paiements des administrations publiques qui dilatent au maximum les délais. Du coup, ils répercutent les -retards sur les petits prestataires comme nous. » Un effet domino dévastateur pour les PME, alerte Jesus Barcenas, président de la confédération espagnole des petites et moyennes entreprises. « Les banques doivent débloquer les crédits, afin que le plan de relance du gouvernement se transforme en mesures concrètes », affirme-t-il, en exigeant que les banques réinjectent dans les entreprises une partie des fonds reçus pour assurer la stabilité du système financier. Face aux réticences des établissements financiers, l’État a annoncé une dotation immédiate de 5 milliards supplémentaires à l’institut de crédit officiel, pour éviter aux PME les cessations de paiement. Avant cela, certaines régions avaient déjà annoncé des mesures pour tenter d’amortir l’effet de la crise sur les entreprises. Pour le gouvernement Zapatero il s’agit d’une course contre la montre afin d’enrayer la remontée spectaculaire du chômage, passé de 2 à 3 millions de personnes en dix-huit mois. Et les PME, à l’origine de plus de 80 % des emplois, y jouent un rôle clé. Après l’annonce désordonnée, au cours de l’automne, de séries de mesures exceptionnelles et de procédures d’urgence, le « plan espagnol pour la stimulation de l’économie et de l’emploi », présenté le 28 novembre dernier, trace les lignes directrices de la politique de relance du gouvernement. L’un de ses axes principaux est la création d’un fonds de 8 milliards destiné à la création immédiate d’emplois, via l’investissement des administrations locales en travaux publics. Avec pour objectif la création de 300 000 emplois en deux ans. Les communes ont été appelées à présenter leurs projets dans les plus brefs délais afin de bénéficier du fonds. Les chantiers pourront commencer dès le 11 janvier et au plus tard le 13 avril 2009. Cécile Thibaud, à Madrid

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