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Cultures nationales contre Europe sociale

Idées | Livres | publié le : 01.12.2008 | J. M.

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Cultures nationales contre Europe sociale

Crédit photo J. M.

Au fil des ans, on a vu émerger une Europe économique et une Europe monétaire, mais l’Europe sociale reste à l’état virtuel. Comment expliquer cet échec de l’intégration des politiques sociales ? Cette question constitue le point de départ de la réflexion du sociologue Jean-Claude Barbier. Sa réponse pointe l’importance du poids des spécificités culturelles dans la protection sociale. Cette dernière occupe une place centrale au sein des pays européens. Les dépenses relevant du public au sens large représentent entre 35 et 58 % du produit intérieur brut. « C’est dire que l’État ’socialise“ de façon stable entre un tiers et plus de la moitié de la richesse annuelle produite », rappelle le chercheur. Sur de multiples dimensions, l’action de l’État providence reste inscrite dans la sphère nationale.

De quelle façon les promoteurs de l’Europe sociale ont-ils tenté de contourner le problème ? Car il existe bien un embryon de « modèle social européen ». Contrairement aux États-Unis, tous les pays européens ont adopté une prise en charge collective des risques associés à la maladie. Partout en Europe le rôle des négociations entre partenaires sociaux est institutionnalisé. Retraçant les grandes étapes de l’édification de politiques sociales européennes, une période qui a connu, selon lui, son âge d’or lorsque Jacques Delors a présidé la Commission européenne, l’auteur constate que la dynamique s’est brusquement stoppée e 2004. Sa relance doit s’appuyer sur la prise en compte de la diversité culturelle.

La deuxième partie de l’ouvrage montre en quoi la sociologie est l’outil manquant aujourd’hui aux politiques sociales. Le message que défend l’auteur se résume ainsi : « La protection sociale n’est ni appréhendable ni ’manipulable“ par des connaissances uniquement économiques fonctionnelles et par des politiques européennes ’dépolitisées“. » Et « son épaisseur culturelle est essentielle ». Ce qui amène Jean-Claude Barbier à une recommandation surprenante : surtout ne pas laisser l’anglais devenir la langue commune de l’Europe. Si l’on veut une Europe sociale, il faut encourager le multilinguisme, préalable au respect de la diversité culturelle. Sans l’existence d’un espace d’intercommunication des langues et des cultures politiques nationales, il sera très difficile d’arriver à plus de solidarité à l’échelle européenne. Conclusion un tantinet utopiste d’un travail, par ailleurs, particulièrement lucide.

Auteur

  • J. M.