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Crise financière, crise économique… crise sociale ?

Idées | Bloc-Notes | publié le : 01.12.2008 | Bernard Brunhes

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AVALANCHE DE PLANS SOCIAUX

Il n’est de jour sans l’annonce d’un plan social – d’un plan de sauvegarde de l’emploi, comme l’on dit par euphémisme. Maintenant que la crise du crédit a atteint l’économie réelle, les enchaînements de la récession sont difficiles à juguler. Quelles que soient les décisions de relance ou d’assainissement que prendront les pouvoirs publics, en France, en Europe ou au niveau mondial, les prochains mois seront difficiles. Lorsqu’un grand constructeur automobile annonce des milliers de suppressions d’emplois, c’est l’ensemble de la filière qui souffre. Équipementiers et sous-traitants sont en grande difficulté ou même en danger de mort.

Les plans sociaux vont donc tomber demain, comme aujourd’hui, avec leur cortège de drames individuels, de désarrois collectifs et de contrecoups économiques locaux. Le service public de l’emploi sera sur la brèche, ce qui ne sera peut-être pas facile à un moment où le processus de mise en place de Pôle Emploi par fusion de l’ANPE et des Assedic est loin d’être achevé. La responsabilité des employeurs n’en est que plus impérative, ainsi que celle des collectivités territoriales. Il est plus important que jamais que des coopérations efficaces se nouent sur chacun des sinistres à venir entre les différentes entités du service public de l’emploi, les opérateurs privés, les collectivités territoriales et l’État.

PRÉPARER LA SORTIE DE CRISE

Comme toute crise profonde, celle-ci n’est pas qu’une parenthèse. Nous n’en sortirons pas à l’identique. C’est le moment de reprendre des réflexions et des expériences qui auraient paru hors de propos dans la phase que nous venons de vivre. Quid, par exemple, de la flexicurité ? Que le besoin soit essentiel de combiner la flexibilité des entreprises et la sécurité des travailleurs, nul n’en doute plus aujourd’hui. Mais est-ce que le schéma doit rester le même ? La crise de l’économie de marché ne doit-elle pas conduire à remettre en cause l’excès de flexibilité externe auquel a conduit une approche insuffisamment sensible aux inconvénients sociaux de la précarité et aux inconvénients économiques de la volatilité des qualifications.

Plutôt que de prôner le système dit danois d’une forte flexibilité externe accompagnée de dispositifs efficaces de gestion du marché du travail, ne devrait-on pas revenir à une législation et à des modes de gestion qui encouragent et facilitent la flexibilité interne ? Derrière cette question se pose celle de la réforme des dispositifs de la formation professionnelle, serpent de mer encore bien vivant et loin du port.

ET L’EUROPE ?

La finance n’est pas le seul domaine à avoir besoin d’un traitement international. L’emploi et la protection sociale aussi. Or l’Europe sociale reste trop modeste, engoncée dans des procédures lourdes, marquée par les cultures nationales, plus défensive qu’offensive. Engagée par les événements dans une brillante action internationale de gestion des crises, la présidence française de l’UE n’a pu développer une contribution à l’Europe sociale aussi décisive qu’elle l’aurait voulu. Le témoin sera passé en janvier aux gouvernements tchèque et suédois.

Auteur

  • Bernard Brunhes