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L’épargne retraite à la française tient bon

Dossier | publié le : 01.12.2008 | Valérie Devillechabrolle, Bénédicte Foucher, Marie Duribreux

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L’épargne retraite à la française tient bon

Crédit photo Valérie Devillechabrolle, Bénédicte Foucher, Marie Duribreux

En dépit du violent coup de tabac qui secoue les marchés financiers, les gestionnaires français d’épargne retraite demeurent confiants. À la différence des États-Unis, du Royaume-Uni et des Pays-Bas, où entreprises et salariés commencent à s’inquiéter de l’impact du krach boursier sur les fonds de pension, les sociétés françaises ne semblent pas avoir perdu leur sang-froid : « On ne sent pas de vent de panique », confirme Alain Boyadjian, directeur du département conseil en évaluation, consolidation des engagements sociaux du cabinet Hewitt. « Même si les directions financières nous appellent pour s’assurer de l’état de leur portefeuille, rien, dans l’évolution des encours de la retraite collective, ne traduit l’effet de la crise », précise Martine Rapoport, directrice des clientèles collectives de CNP Assurances. Seul signe visible, « la solvabilité et la solidité des assureurs de cette épargne retraite deviennent des critères discriminants lors de l’attribution des marchés ».

Prudence et diversité. De fait, l’épargne retraite à la française se distingue de ses homologues étrangères par la nature de ses placements. Loin de rechercher la performance à tout prix par des investissements importants en actions, « les placements retraite des entreprises françaises sont généralement plutôt prudents et diversifiés pour atténuer le risque », constate François Cheynet, consultant actuaire, dirigeant de l’activité retraite et avantages sociaux au cabinet Towers Perrin. S’agissant de l’administration d’un régime de retraite à cotisations définies, de type article 83, par exemple, trois types de gestion sont proposés. À commencer par celle, totalement sécurisée, dite « en euros ». « Ces contrats garantissent, outre le capital, un taux minimal (de 2,5 % même pendant plus de huit ans), si bien que les salariés sont moins exposés sur le long terme à la variation des marchés », explique François Lusson, président du cabinet d’actuariat Winter & Associés. « C’est l’assureur qui porte le risque financier », précise Thierry Vachier, du cabinet Siaci Saint Honoré.

Deuxième possibilité, la gestion pilotée en fonction de l’âge de départ à la retraite des salariés concernés. Celle-ci repose pour partie sur des actifs investis en unités de compte (autrement dit soumis à l’évolution des marchés), progressivement remplacés, à partir de huit à dix ans avant le départ des bénéficiaires, par des placements plus sécurisés. « Si bien que, pendant les quatre à cinq ans avant le départ à la retraite, ces régimes sont gérés sur l’actif général de l’assureur », souligne Sylviane Masson, directeur de la multigestion du groupe La Mondiale. Principal intérêt : « La performance des actions sur longue période est censée limiter leur financement », précise Thierry Vachier. A contrario, sous l’effet d’une baisse des Bourses de l’ordre de 40 % depuis le début de l’année, certains vont devoir combler le manque à gagner. À moins de pouvoir miser sur la durée pour se refaire… « À la faveur de la crise, certaines entreprises ont naturellement redécouvert les vertus des placements en euros », s’amuse Gilbert Gurcel, membre du directoire d’Arial Assurance.

Dernière possibilité, la gestion libre, peu utilisée par les employeurs, selon Sylviane Masson : « Les actifs en euros représentent les deux tiers du marché de l’épargne retraite collective, contre un tiers pour les contrats en unités de compte, 80 % de ces derniers faisant l’objet d’une gestion pilotée. » À la différence des gestionnaires financiers du Fonds de réserve des retraites, qui travaillent à l’horizon 2020, « les entreprises, qui doivent communiquer annuellement sur les résultats de leur régime, ne souhaitent pas avoir à justifier plusieurs années de baisse consécutive devant leurs salariés », reprend Sylviane Masson.

Autre garde-fou, le conseil de surveillance paritaire de ces dispositifs. Pour les représentants du personnel, pas question de jouer avec l’épargne retraite des salariés : « Ce serait impensable ! » s’exclame Marc Bretel, de la Fédération (CFE-CGC) des industries électriques et gazières, qui parti-cipe à la mise en place d’un nouveau Perco de branche. Tout dépend ensuite de l’implication du conseil de surveillance dans la vie des régimes : « Si elle est insuffisante, le gestionnaire financier fera courir des risques sans assez informer le souscripteur », met en garde François Lusson. Un bémol, toutefois, concernant les Perco : émanation des dispositifs d’épargne salariale, ils sont plus souvent composés de fonds gérés en euros, voire laissés à la libre appréciation des salariés. Surtout, seuls 40 % des adhérents à un Perco avaient demandé à bénéficier d’une gestion pilotée, selon les statistiques diffusées par l’Association française de gestion financière.

Déconnectés du marché financier. En revanche, les régimes à prestations définies, qui constituent encore le principal dispositif d’épargne retraite en France – avec près de 2,8 milliards d’euros de cotisations annuelles et plus de 21 milliards d’euros d’encours en 2006 –, sont à l’abri. D’abord parce que « les engagements retraite de ces régimes sont calculés en vertu des taux obligataires dont la maturité correspond à l’horizon du départ à la retraite. Si bien qu’ils sont déconnectés de l’évolution des marchés actions », rappelle François Cheynet, du cabinet Towers Perrin. Mieux, « lorsque les taux à long terme sont relativement élevés, la valeur de ces engagements a plutôt tendance à baisser », précise Véronique Lamblé, fondatrice du cabinet Aprecialis. De plus, les entreprises ont externalisé la gestion des contrats auprès de compagnies d’assurances. Enfin, elles ne sont pas obligées de préfinancer ces promesses, à la différence de ce qui se pratique au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas.

Jusqu’alors, les normes comptables internationales offraient des mécanismes de lissage permettant d’amortir le choc d’une baisse des marchés. À l’instar de la norme IAS 19, qui autorise de ne reconnaître la moins-value des actifs mis en couverture des passifs de retraite qu’au bout de trois ans. Le projet de réforme de cette norme à l’horizon 2011 et les nouvelles règles prudentielles, inscrites dans le projet de directive « solvabilité II », en phase d’adoption, prévoient une remise en cause de ces tolérances au nom d’une appréciation des placements à leur « juste valeur ». Reste que « la crise boursière et financière tend à montrer les effets amplificateurs de ces normes pour les sociétés d’assurance », note Martine Rapoport, en espérant qu’elle incite à « privilégier une approche économique prenant en compte l’horizon de long terme des assureurs ». Si le Comité européen des superviseurs des assurances a douché cet espoir en rappelant son attachement au principe de juste valeur, les assureurs français espèrent bien profiter des décrets d’application pour obtenir des aménagements.

Forte progression en 2008. En attendant, le marché de la retraite collective devrait continuer à progresser fortement en 2008. Sous l’effet, en particulier, de la transformation, d’ici à la fin de l’année, de plusieurs grosses institutions de retraite supplémentaire, conformément à la loi Fillon d’août 2003. « De 6 à 7 milliards d’euros d’encours en 2007, le marché de la retraite collective pourrait ainsi atteindre 10, voire 12 milliards d’euros du fait de l’externalisation de ces régimes de retraite d’entreprises auprès de compagnies d’assurances », estime Gilbert Gurcel, d’Arial Assurance. Parallèlement, la mise en place de Perco continue à se développer, sous l’effet de décisions prises au début 2008. Pour 2009, en revanche, les experts sont plutôt pessimistes. Et pour cause ! C’est moins la crise financière que la récession économique qui pèsera sur les décisions en 2009, sous l’effet de la réduction de la masse salariale…

V. D.

Auteur

  • Valérie Devillechabrolle, Bénédicte Foucher, Marie Duribreux