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Tableau de bord

Faut-il allonger la durée du travail ?

Tableau de bord | publié le : 01.09.2008 |

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Marc TouatiDirecteur général délégué de Global Equities.

C’est un fait : plus le volume d’heures travaillées (le nombre d’heures travaillées multiplié par le nombre de personnes ayant un emploi) augmente, plus le revenu s’accroît, et inversement. Ainsi, dans les vingt dernières années, le volume d’heures travaillées a reculé d’environ 6 % en France, contre une augmentation d’environ 42 % outre-Atlantique, soit un écart de 48 points. Or, dans la même période, l’écart de croissance entre la France et les États-Unis atteint justement 50 points. Cette différence n’est pas tant le résultat de l’augmentation ou non de la durée du travail que le fruit de la forte hausse de l’emploi. Autrement dit, si l’augmentation du nombre d’heures travaillées est compensée par la réduction du nombre de créations d’emplois, la France n’aura rien gagné. En fait, le marché du travail hexagonal a besoin non seulement d’une baisse généralisée de la pression fiscale qui pèse sur les salaires, mais aussi d’une plus grande liberté tant des employeurs que des salariés. Ce qui passera par une meilleure correspondance entre les efforts fournis et les résultats obtenus par ces derniers, d’une part, et leurs rémunérations, d’autre part. En d’autres termes, il faut davantage inciter que contraindre.

Jean-Luc Biacabe Directeur de la prospective économique à la CCIP.

La France souffre d’un taux d’activité et d’une durée annuelle du travail trop faibles qui handicapent sa croissance potentielle. C’est déjà le cas aujourd’hui. Ça le sera encore plus demain lorsque le départ à la retraite des baby-boomers provoquera une forte baisse de l’offre de travail. Pour assurer le financement de la protection sociale, les gains de productivité ne sauront suffire : il faudra aussi être plus nombreux à travailler plus. Les modalités d’allongement peuvent être très variées : hebdomadaires, annuelles, tout au long de la vie. Il serait sans doute préférable de déplacer un peu chaque curseur. La question ne se posera pas non plus dans les mêmes termes selon les catégories de salariés : la perspective d’allongement de la durée du travail est, à l’évidence, plus réduite pour les cadres des grandes entreprises aux horaires élastiques que pour les employées à temps partiel. La phase actuelle de ralentissement conjoncturel rend moins urgent l’accroissement de la durée du travail. La diversité des situations appelle des réponses différentes, au plus proche du terrain. L’allongement de la durée du travail, combiné aux gains de productivité, est la vraie réponse aux besoins de plus de pouvoir d’achat.

Richard Duhautois Chercheur au Centre d’études de l’emploi (CEE).

Les résultats de nombreuses études empiriques sur l’hétérogénéité du comportement des entreprises indiquent que ce sont surtout des facteurs qui leur sont spécifiques (prises de décisions stratégiques, relations sociales, etc.) qui influencent les créations et les destructions d’emplois. Dans le même secteur d’activité, certaines entreprises ont des productivités qui diminuent tandis que d’autres la voient augmenter, et cela peut fluctuer très rapidement. Une des raisons à ces divergences est la capacité des entrepreneurs à prendre les bonnes décisions au bon moment. En ce sens, donner le choix aux entreprises d’utiliser des heures supplémentaires est une bonne chose. Mais le rôle prédominant de facteurs spécifiques incite à penser que l’utilisation des heures supplémentaires a peu d’effet sur la croissance économique. Je ne pense pas que l’allongement de la durée du travail – ou même la réduction du temps de travail – ait un impact fondamental sur la croissance. Ce sont des facteurs plus structurels que le temps de travail, comme l’innovation et l’investissement en capital humain, qui conditionnent la productivité et la croissance à long terme, la seule valable pour la société.

Pour en savoir plus

Dares, Premières Informations, n° 28.2, juillet 2008.www.travail.gouv.fr

OCDE, Perspectives de l’emploi, juillet 2008. www.oecd.org

R. Duhautois et B. Crépon, Économie et statistique, n° 367, 2004. www.insee.fr

C. Syverson, L. Foster, J. Haltiwanger, « NBER Working Papers », 11555 (2005). www.nber.org

Centre d’études de l’emploi, la Qualité de l’emploi(2006), Éd. La Découverte, collection « Repères ».