Emploi, retraites, santé Le social fait la différence

Le coup de balai est imminent. Dans deux mois, le 6 mai, une page politique sera définitivement tournée. Exit la génération des septuagénaires et, dans la foulée, celle des sexagénaires, au sommet de l'État. Le nouveau, ou la nouvelle, locataire de l'Élysée sera un ou une jeune quinquagénaire, 52 ans pour l'un, 53 ans pour l'autre, 55 ans pour l'outsider qu'est François Bayrou. Exit aussi le clivage traditionnel qui oppose depuis plusieurs décennies conservatisme de droite et conservatisme de gauche. L'un et l'autre adeptes de la triangulation – cette démarche pratiquée par Bill Clinton et Tony Blair qui consiste à s'approprier les thèmes populaires du camp adverse en y apportant des réponses différentes –, les deux prétendants de l'UMP et du PS se sont imposés dans l'opinion publique en prenant leurs distances avec l'idéologie majoritairement véhiculée dans leurs camps respectifs, le néocolbertisme à droite et le social-étatisme à gauche. Quant au candidat UDF, c'est en perturbant le jeu bipartisan et en s'écartant de sa famille d'origine, la droite, qu'il s'est taillé une place dans le peloton de tête de la présidentielle.

Après des années d'immobilisme ou de réformes à la petite semaine (exception faite de la loi Fillon de 2003 sur les retraites), tout se passe comme si les Français aspiraient au changement. Après les présidents du « programme commun » socialo-communiste et de la « fracture sociale », ils plébiscitent des personnalités qui font bouger les lignes : à droite, un candidat aux convictions libérales ; à gauche, une prétendante qui se revendique d'une social-démocratie moderne ; au centre, un postulant qui refuse l'opposition binaire, et parfois artificielle, entre droite et gauche.

L'enjeu de la présidentielle est crucial pour l'avenir de notre pays. Car, à force de ne pas avancer, la France perd du terrain. Illustration inquiétante : la richesse par habitant est aujourd'hui supérieure de 10 % au Royaume-Uni, alors qu'elle était inférieure d'une vingtaine de points à la richesse hexagonale au début des années 80. Croissance molle, endettement public croissant, dérive des comptes sociaux, chômage de masse, déficit persistant du commerce extérieur, pouvoir d'achat des salaires en berne… nos compatriotes savent que la France ne va pas bien et qu'il lui faudrait une bonne cure réformatrice pour se remettre d'aplomb. Reste à ne pas se tromper sur le choix du French doctor qui sera capable d'administrer le remède adéquat. Signe de la maturité des Français, la question du chiffrage des promesses a pris une importance inédite dans la campagne. Échaudés, méfiants, les électeurs ne croient plus au « demain on rase gratis » qu'on leur a seriné des années durant.

Trois chantiers clés attendent le futur chef de l'État en matière sociale : l'emploi, les retraites et la santé. Sur ces dossiers, comme le montre notre banc d'essai de leurs programmes, les divergences d'approche et de propositions sont bien réelles entre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou.

D. B.