Un double Mer-Sarko pour gagner le Medef
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Ceux qui pensaient que Francis Mer, après une carrière ministérielle météoritique, coulerait une retraite paisible, en sont pour leurs frais. À 66 ans, il a créé la surprise en annonçant sa candidature à la succession d'Ernest-Antoine Seillière. Cet ex-patron d'Arcelor, qui a dirigé Bercy de mai 2002 à mars 2004, n'avait pour seule responsabilité que la présidence de la Fondation pour l'innovation politique, créée dans le giron de l'UMP. Aujourd'hui, il aspire à revenir sur le devant de la scène, mais pas en solo. Francis Mer se présente en effet en tandem avec Guillaume Sarkozy. « Cela nous a tous étonnés, souligne le chef d'entreprise Bruno Lacroix, ex-responsable du Medef à Lyon. Cette double candidature est inédite dans l'histoire du Medef. » Contrairement à Francis Mer, le responsable de l'Union des industries textiles n'a jamais fait mystère de ses ambitions. Mais il est aussi le grand frère de Nicolas. En postulant à un emploi de numéro deux du Medef, Guillaume Sarkozy ne nuit pas à la carrière politique de son cadet et lève les réticences liées à son patronyme. Il est à l'origine de l'idée d'un ticket avec Francis Mer, qui a fini par relever le défi.

Cette double candidature, les deux hommes en ont fait leur point fort et n'ont de cesse de souligner leur complémentarité. Dans la corbeille, Francis Mer apporte son expérience à la tête de grandes entreprises (Pont-à-Mousson, Usinor-Sacilor). Guillaume Sarkozy, 55 ans, P-DG des Tissages de Picardie, une PME spécialisée dans le textile d'ameublement, gomme l'image de grand patron de son associé et rassure ainsi ses collègues des petites entreprises. Président de l'UIT depuis 2000 et responsable des questions de protection sociale, il connaît toutes les arcanes de la maison Medef. « Ce ticket est très judicieux car Francis Mer a une stature internationale égale à celle d'un politique », estime un ancien collaborateur du ministre. Jacques Chirac l'aurait appris à ses dépens. Lors d'une rencontre avec Gerhard Schröder, le président de la République présente son tout nouveau ministre de l'Économie au chancelier allemand qui répond aussitôt : « Mais Francis, tu ne lui as pas dit que nous nous connaissions depuis dix ans ! »

L'UIMM vote Yvon Jacob

En vertu des statuts du Medef, il n'y a de place que pour un seul président, mais, dans la réalité, les deux hommes veulent tenir leur rôle à égalité. La répartition des tâches obéirait à un savant dosage. Pour l'international, par exemple, Francis Mer se verrait attribuer les relations avec l'Unice et la conduite de certaines missions à l'étranger, tandis que Guillaume Sarkozy prendrait en charge l'animation des travaux européens et internationaux avec les autres organisations patronales. « Nous partageons les mêmes valeurs, souligne l'ancien ministre, nous sommes convaincus de la nécessité de sortir de la situation de blocage dans laquelle nous nous trouvons qui a creusé le fossé entre les Français et l'entreprise. Il est temps que les parties s'écoutent et se parlent, notamment en relançant le dialogue social. D'ailleurs, une des premières initiatives que nous prendrons sera de renouer les liens avec les partenaires sociaux. »

Un mois seulement après leur annonce, le tandem a gagné la faveur des dirigeants. Dans un sondage effectué auprès de 401 chefs d'entreprise, les 2 candidats arrive en tête de leurs préférences en recueillant 44 % des suffrages. Mais ce ne sont pas eux qui vont voter le 5 juillet. À cette date, lors de l'assemblée générale, 561 représentants des différentes organisations adhérentes du Medef vont élire leur nouveau chef parmi 6 candidats. Malgré leur notoriété, leur victoire n'est pas acquise. Francis Mer n'a pas le soutien d'Ernest-Antoine Seillière, qui pencherait pour Laurence Parisot, la patronne de l'Ifop, ni de l'influente fédération de la métallurgie, l'UIMM, dont il est pourtant issu, qui lui préfère Yvon Jacob, le patron de Legris Industries et de la fédération de la mécanique. « Francis Mer est connu pour son caractère en acier trempé, explique un de ses anciens collaborateurs, difficilement malléable et imprévisible. Sa candidature gêne pas mal de monde au sein de l'appareil. Il n'est pas dit que leur préférence ne se porte pas sur un second couteau, quelqu'un de plus influençable. Si tel était le résultat le 5 juillet, ce serait la franche rigolade. » Sauf peut-être pour Francis Mer et Guillaume Sarkozy.

Frédéric Rey