Un patron « social » que l'on s'arrache
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Au rythme actuel des sollicitations, il y a fort à parier que Louis Schweitzer, 62 ans révolus, sera un retraité hyperactif ! Alors qu'il doit abandonner ses fonctions exécutives à la fin du mois, au profit de Carlos Ghosn, tout en restant à la tête du conseil d'administration, le P-DG de Renault vient d'étoffer encore son CV. Avec la présidence de la toute nouvelle Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), qui lui a été confiée par le président de la République. Et celle du Festival d'Avignon. Deux nominations pour le moins inattendues.

Pour présider la Halde, une autorité indépendante qui pourra être saisie par tout citoyen s'estimant victime de discrimination, Claude-Valentin Marie, ancien directeur du Groupe d'étude et de lutte contre les discriminations, a longtemps tenu la corde. Et un orfèvre comme Yazid Sabeg ne cache pas qu'il aurait préféré une figure plus emblématique de ce combat, à l'instar de Michel Tubiana, le président de la Ligue des droits de l'homme.

Quant à la nomination de Louis Schweitzer (petit-neveu d'Albert Schweitzer et neveu du chef d'orchestre Charles Munch) à Avignon, elle ne va pas contribuer à améliorer les relations tumultueuses entre la CGT Spectacle et la direction du festival, puisque le P-DG de Renault fait partie du conseil exécutif du Medef. Il aurait d'ailleurs postulé à la succession d'Ernest-Antoine Seillière si certains caciques patronaux ne l'en avaient pas dissuadé en lui confiant le poste honorifique de président de Medef international à compter du 1er juin prochain.

En tout cas, si l'on ajoute la présidence du groupe pharmaceutique AstraZeneca, qu'il occupe depuis le début de l'année, et de nombreux mandats d'administrateur à BNP Paribas, EDF, L'Oréal, Veolia ou encore au musée du Louvre, le futur emploi du temps de Louis Schweitzer s'annonce bien rempli. Ces nombreuses marques de confiance récompensent les qualités de gestionnaire dont il a fait preuve chez Renault. Une entreprise qu'il a brillamment redressée depuis 1992 et qu'il quitte après avoir annoncé des bénéfices en hausse de 43 % pour 2004.

Mais si cet inspecteur des finances, qui a dirigé les cabinets de Laurent Fabius entre 1981 et 1986, a révélé des talents de financier, c'est aussi un manager « à la fibre sociale », rappelle Michel de Virville, le secrétaire général de Renault : « Il se tourne spontanément vers les partenaires sociaux. » Celui-ci en veut notamment pour preuve les rencontres bilatérales systématiques chaque année, avant l'été, avec les organisations syndicales. Secrétaire adjoint du comité de groupe européen de Renault, Jean-Louis Baud (CFDT) loue sa capacité d'écoute : « Quand on lui passait des messages sensés, il les enregistrait parfaitement. » Au point, d'ailleurs, ajoute Michel de Virville, « qu'en tant que DRH j'étais parfois obligé de lui dire de ne pas trop en faire ».

Où en est le modèle social ?

Sous la présidence de « Loulou », la politique contractuelle a été à l'honneur. Si la CFDT cite l'accord À vivre des années 80 parmi les bons exemples du fameux « modèle social Renault », le DRH du groupe distingue deux autres textes fondateurs. Celui sur l'emploi, la formation et le temps de travail, signé, en 1999, à l'occasion des 35 heures, « qui continue de structurer l'organisation du travail dans l'entreprise » ; et la « Déclaration des droits sociaux fondamentaux », signée en octobre 2004 avec la Fédération internationale des travail leurs de la métallurgie et les neuf organisations représentées au comité de groupe. Un document qui a redonné une certaine « dynamique sociale » à Renault, estime Jean-Louis Baud. Un mois après que PSA a signé son propre accord sur « la diversité et la cohésion sociale ».

Dans le bilan « social » de Louis Schweitzer, le gros point noir reste la fermeture de l'usine belge de Vilvorde, en 1997, étape jugée nécessaire dans la restructuration du constructeur automobile français. Un épisode douloureux qu'aujourd'hui encore il considère, si l'on en croit ses interlocuteurs syndicaux, comme un échec. Toujours est-il que c'est une entreprise florissante qu'il lègue à Carlos Ghosn. Si certains leaders syndicaux applaudissent à cette succession bien anticipée, ils attendent de voir à l'œuvre le redresseur de Nissan, qui revient dans la maison mère, précédé d'une réputation de cost killer.

GAILLARDE/GAMMA