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À l'assaut des plus qualifiés

Dossier | publié le : 01.06.2004 | A.-C. G.

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À l'assaut des plus qualifiés

Crédit photo A.-C. G.

Ne parlez plus d'intérimaires et d'agences mais d'experts et de bureaux ! À deux pas de la tour Eiffel et des ministères, les bureaux d'Expectra, avenue de Suffren, n'ont rien à envier aux plus grands cabinets de recrutement parisiens. Ici, pas d'annonces en vitrine. « Nous ne renions pas notre métier, mais nous mettons en avant l'expertise de nos collaborateurs auprès de nos clients », explique Alain Chopin, directeur d'Expectra pour l'Ile-de-France, afin de justifier ces changements sémantiques. En attendant, la filiale du groupe Vedior France spécialisée dans les hautes compétences préfère travailler dans la confidentialité. Pour attirer ces nouveaux profils, Randstad a ouvert pour sa part un show-room dans le 8e arrondissement de Paris. « Le marché du tertiaire et des hautes qualifications n'est pas aussi mûr que celui de l'industrie. Notre objectif est d'attirer des candidats experts-comptables, ingénieurs, informaticiens qui cherchent des informations ou du conseil sur l'emploi et qui ne viennent pas naturellement vers l'intérim, explique Aline Crépin, responsable du marketing et de la communication. Au rez-de-chaussée, nous avons installé une boutique de l'emploi avec des bornes reliées à Internet en libre service et nous proposons du conseil en rédaction de CV. Les personnes intéressées par nos missions sont ensuite dirigées vers notre agence tertiaire qui se trouve à l'étage. » Randstad accueille ainsi près de 200 curieux par semaine.

Désormais, tous les groupes de travail temporaire ont ouvert des agences dédiées ou développé des marques spécialisées dans l'intérim pour les cadres. « La profession est en train d'organiser un intérim multiforme, voire dual, constate Gilbert Lefèvre, chercheur au CNRS. D'un côté, l'intérim de masse qui joue sur les effets de quantité ; de l'autre, l'intérim sur mesure attentif à la qualité du service rendu. » Mais, en dépit d'un gros effort de mise en valeur, le marché des cadres aux marges lucratives peine à décoller, se heurtant encore aux réticences des clients comme des intérimaires potentiels. Dans l'Hexagone, les hautes compétences ne représentent que 16 % du marché de l'intérim : 2 % pour les cadres et 14 % pour les techniciens et agents de maîtrise. « Le taux de pénétration au sein de ces populations est encore très faible par rapport à celui des ouvriers, admet Jean-Pierre Lemonnier, président du directoire de Manpower. Mais nous n'avons pas encore fait le travail de conviction nécessaire pour les attirer. Nous estimons pouvoir doubler notre activité qui, pour le moment, représente moins de 10 % de notre chiffre d'affaires. Dans d'autres pays, comme aux États-Unis, il atteint 20 %. »

Intérimaires pour management de transition

Même volonté chez Expectra, où les cadres représentent moins de 30 % des intérimaires et les agents de maîtrise près de 70 %. « Aujourd'hui, nous avons de moins en moins de difficultés à convaincre les entreprises qui, jusqu'à présent, privilégiaient les CDD, assure Alain Chopin, directeur d'Expectra pour l'Ile-de-France. Cette année, nous allons d'ailleurs ouvrir de nouveaux bureaux à Metz, Orléans, Rouen, Cergy-Pontoise et évry. » Organisé autour de trois grands métiers (informatique et télécoms, qui représentent le gros de l'activité ; ingénierie et bureaux d'études ; gestion et management), Expectra a divisé cette dernière spécialisation en départements pour coller aux besoins de ses clients : banque et assurance ; juridique ; marketing et commercial ; managers et dirigeants, une division spécialisée dans le management de transition. « Ce dernier département existe depuis cinq ans sur Paris, explique Alain Chopin. Nous ouvrons maintenant un bureau à Lyon, qui constitue le deuxième marché avec 11 % des cadres. »

Loin de se focaliser sur les cadres moyens, Expectra n'hésite plus à empiéter sur les plates-bandes des cabinets spécialisés comme Executive Interim Management ou Boyden Interim Executive, et à chasser les cadres de haut vol prêts à se frotter aux restructurations, fusions et acquisitions. Après avoir travaillé chez Deloitte, PPR et Castorama, Béatrice Cariou a fait le choix de l'intérim, dans le contrôle de gestion : « J'avais du mal à retrouver un poste. Managers et dirigeants m'a proposé une mission auprès d'une division de Siemens en pleine réorganisation, explique la jeune femme. Un statut qui n'est pas facile à vivre, car ce sont des missions de trois mois renouvelables, mais qui laisse plus d'indépendance par rapport à la hiérarchie. » Reste, pour cet intérim de luxe, à fidéliser des managers souvent coûteux à recruter. « 40 à 50 % des experts que nous envoyons en mission décrochent un emploi », argumente Alain Chopin. Même de haut niveau, l'intérim peut servir de tremplin.

Auteur

  • A.-C. G.