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Le bloc-notes

Ces étranges parties de Monopoly

Le bloc-notes | publié le : 01.09.1999 | Bernard Brunhes

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Fusionmania. La France n'est pas tombée toute petite dans la marmite du capitalisme anglo-saxon. Son passé, à l'ombre de ses grands commis, ceux de Louis le Grand comme ceux du grand Charles, n'a pas préparé les Français à la grande plongée. C'est donc avec étonnement, incompréhension, voire effarement, qu'ils assistent à ces étranges parties de Monopoly dans lesquelles des inspecteurs des finances ou des ingénieurs des Mines se combattent vigoureusement à coups d'offres publiques d'achat ou d'échange auxquelles seuls les financiers comprennent quelque chose. On a bien compris que les hommes et leurs états-majors se disputent le pouvoir. On a compris aussi que la taille d'une banque ou d'une compagnie pétrolière décide de sa capacité à jouer dans la cour planétaire. Mais là s'arrêtent les certitudes.

Les décisions finales seront de toute façon prises par les actionnaires, c'est-à-dire par des hommes ou des institutions qui visent la « création de valeurs », soit, en bon français, des plus-values sur leurs investissements et un bon « ROE » (return on equity). L'optimisation des intérêts particuliers des acteurs du marché financier conduira peut-être à une optimisation de l'intérêt général. On ne demande qu'à le croire. Il y a peut-être coïncidence entre le salut des salariés et celui des actionnaires. Mais on ne sait trop pourquoi ni comment.

En se plongeant dans le grand jeu des OPE et des contre-OPE, les dirigeants des grands groupes concernés prennent des risques : il leur faudra maintenant, une fois les couteaux rentrés, expliquer, écouter, reconstruire. Et il leur faudra revenir à leur fonction première, c'est-à-dire produire et faire travailler des hommes et des femmes qui, pendant quelques mois, avaient regardé les grands jouer à la guerre.

La mondialisation pousse irrémédiablement les groupes industriels et financiers vers le gigantisme et l'internationalisation, dans le pétrole et la banque comme dans la chimie, l'aluminium et l'automobile. Mais nous ne sommes pas en Amérique. Il y a dans le débat politique national comme dans la gestion des ressources humaines et des relations sociales des grands groupes un fossé qu'il est urgent de combler entre le discours économique qui n'a plus de base que financière et le discours social qui n'a plus de base du tout.

Dans une société rongée par la précarité et l'ampleur de la pauvreté, les chômeurs pourraient avoir du mal à accepter un monde où cours de Bourse et taux de chômage évoluent dans le même sens et où la meilleure façon pour un P-DG de faire monter le cours de son action est d'annoncer un plan social !

Rentrée sociale. Mais ne soyons pas moroses, la rentrée sociale sera pleine de suspense, donc assez gaie.

La gestion paritaire de la protection sociale, qui fonctionne depuis un demi-siècle avec des hauts et des bas – plus de bas que de hauts à vrai dire –, a du plomb dans l'aile.

Le Medef exprime avec vigueur son désaccord sur deux dossiers (alors que sur la plupart des autres dossiers brûlants, il a l'air content) : les 35 heures et les dépenses de santé. Sur les premières, il continuera à protester contre la seconde loi. Mais cette protestation ne servira qu'à équilibrer celle de la gauche puisque celle-ci exige des amendements restrictifs symétriques aux assouplissements que le patronat réclame.

Sur les dépenses de santé, en revanche, le combat est très incertain. Le conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie a adopté le projet Johanet de maîtrise des dépenses. La logique du système de gestion paritaire de la protection sociale aurait voulu que la ministre, même si elle n'approuve pas le projet, laisse les partenaires sociaux le mettre en œuvre, sous certaines réserves à débattre. Les partenaires sociaux, et d'abord le Medef et la CFDT, craignent que le gouvernement ne l'entende pas de la sorte. Alors, le Medef menace de se retirer. Et, au sein du Medef, les partisans de la chaise vide dans les institutions sociales semblent prendre le dessus sur les avocats de la participation. Si le bras de fer que l'on envisage se termine mal, c'en serait peut-être fait de la gestion paritaire des régimes sociaux les plus importants : un sérieux tournant dans nos institutions.

35 heures. Quant aux 35 heures, elles méritent bien un alinéa de cette chronique. Un alinéa bref. Les prochains mois verront fleurir projets et revendications chez les fonctionnaires. Le dossier n'est difficile que politiquement chez les fonctionnaires d'État ; il sera traité de façon décentralisée chez les fonctionnaires territoriaux. Mais gare aux hospitaliers ! Là les enjeux sont lourds et les solutions techniques fort difficiles. La ministre de l'Emploi fait avancer les 35 heures, la ministre de la Solidarité, chargée des Hôpitaux, n'a pas d'argent pour créer des emplois. Le défi est lancé !

Auteur

  • Bernard Brunhes