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Le DESS, un sésame pour l'emploi

Dossier | publié le : 01.09.1999 | Jean-Philippe Dubosc

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Un DESS sur un CV, c'est plus qu'un atout. C'est l'assurance de susciter l'intérêt immédiat d'un recruteur. Même les plus sceptiques à l'égard des formations universitaires ne tarissent pas d'éloges sur le diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS), un 3e cycle ciblé et largement ouvert sur le milieu professionnel. Pour décrocher l'homologation du ministère de l'Éducation nationale (renouvelable tous les quatre ans), cette formation doit obligatoirement comporter un stage d'une durée minimale de trois mois et inclure la participation d'intervenants extérieurs. Autant de critères appréciés des entreprises, qui, au travers de partenariats pédagogiques, influent de plus en plus sur le contenu des DESS. Compte tenu de l'allongement de leur durée (cinq mois, désormais, en moyenne), les stages font souvent office de prérecrutement. Ainsi, 70 % en moyenne des étudiants du DESS achats de Grenoble, mis en œuvre avec le concours de la Compagnie des acheteurs de France, sont recrutés à l'issue de leur stage, avec un salaire moyen à l'embauche de 185 000 francs. Idem pour le DESS industries laitières de Vandœuvre, un 3e cycle conçu en étroite collaboration avec les industries agroalimentaires. Autre avantage des DESS, les promotions n'excèdent pas trente-cinq élèves, la sélection à l'entrée est draconienne. À titre d'exemple, le DESS contrôle de la qualité de Dijon a reçu cette année près de 600 demandes, pour trente places disponibles ! Dernier avantage, et non des moindres : ces formations de 3e cycle bénéficient de l'ingénierie pédagogique et des programmes de recherche de l'université. Ainsi, le DESS des aérosols de Paris-XII demeure la seule formation en Europe dans le domaine en plein essor de la micropropreté.

Trouver la bonne formation parmi les 1 400 DESS

Résultat, « les DESS constituent aujourd'hui un réel ticket d'entrée sur le marché du travail », constate Michel Miet, vice-président de l'association Université et Entreprise. Les grands cabinets d'audit, pourtant gros consommateurs de diplômés d'écoles de commerce, apprécient les DESS très réputés de gestion, de comptabilité et de finance. Quant aux formations scientifiques, comme le DESS ingénierie automatique d'Angers, elles profitent de la pénurie actuelle d'informaticiens. Le fabricant de cartes à puce Gemplus, qui recrutait jusqu'ici exclusivement des ingénieurs, prévoit d'embaucher cette année 3 à 5 % de 3e cycles universitaires. « Les écoles d'ingénieurs ne suffisent pas à pourvoir nos recrutements, avoue Philippe Monteillier, responsable des ressources humaines. En outre, les formations universitaires se révèlent très pertinentes dans le domaine du développement des logiciels. »

Seul problème pour les entreprises : trouver les meilleures formations dans la jungle des 1 400 DESS, dont les intitulés sont souvent obscurs. « Au contraire des écoles, les DESS envoient peu de mailings ou de plaquettes. Du coup, je n'ai aucune visibilité sur les formations et ne dispose d'aucun contact », regrette Pascale Gimenez, responsable du recrutement des cadres chez Unilever France. L'explication tient essentiellement au manque de moyens des universités. « Je suis seule à diriger le DESS. Je ne dispose même pas d'une secrétaire. Comment voulez-vous que je trouve le temps de promouvoir ma formation ! » s'exclame Françoise de Block, responsable du DESS de biotechnologies de Grenoble. Excepté pour la poignée de 3e cycles réputés, les entreprises en sont réduites à se fier à des critères plus ou moins subjectifs. « Notre filiation à la Sorbonne constitue pour nous un avantage énorme. Si nous étions intégrés à l'université de Créteil, notre renommée serait moins importante », juge Dominique Desmarchelier, directeur des études du DESS intelligence de la communication écrite de Paris-V.

Pour favoriser l'insertion professionnelle de leurs étudiants, les responsables des DESS ont tout intérêt à jouer le jeu avec les milieux socioprofessionnels. « Certains enseignants universitaires n'ont pas encore compris que, avant de lancer un 3e cycle, ils devaient prendre le pouls des entreprises et du marché », regrette Michel Miet. La preuve : l'Association française des banques vient récemment de s'opposer à la création d'un DESS en banque-finance. Au lieu d'être associée dès le départ au projet, l'AFB n'avait été sollicitée qu'au dernier moment.

Les ingénieurs universitaires ont la cote

Créés en 1991 par Lionel Jospin, alors ministre de l'Éducation nationale, les instituts universitaires professionnalisés (IUP) ont essuyé, à leur naissance, un feu nourri de critiques. Les cassandres estimaient qu'il n'était pas judicieux d'ajouter un bac + 4 technologique à la flopée de formations professionnelles universitaires existantes (DUT, DESS, doctorats…). Huit ans plus tard, les faits donnent tort aux sceptiques. D'une petite trentaine à leur création, les IUP sont passés à plus de 200 aujourd'hui, et ils accueillent près de 20 000 étudiants chaque année. D'après l'enquête de l'IUP d'Évry-Val-d'Essonne, la durée de recherche d'emploi des diplômés n'excède pas trois mois. Les rémunérations oscillent entre 140 000 et 250 000 francs, avec une moyenne à 168 000 francs ; 77 % des contrats signés sont des CDI, et 82 % ont le statut cadre.

Les raisons de ce succès : chaque IUP est lancé en concertation avec les entreprises, l'enseignement est assuré pour moitié par des professionnels, la formation s'achève par un stage long de cinq à six mois, la pratique de deux langues étrangères y est obligatoire. En outre, seize titres d'ingénieurs maîtres, correspondant à des métiers précis, ont été institués au niveau national, ce qui facilite d'autant le travail des recruteurs. Huit IUP banque-finance ont même mis en place un concours d'entrée commun, à l'image des écoles de commerce.

Reste que, en dépit de l'examen de la Commission nationale de consultation, certains IUP sont sujets à caution. « Comme pour les IUT, des élus locaux ont souhaité à tout prix la création d'un IUP dans leur circonscription, quitte à exercer une pression politique », reconnaît Francis Artigue, président de l'Association des IUP (Adiup). La tentation est grande de transformer des formations académiques en IUP, tant les subventions pour ces derniers sont importantes. Enfin, les entreprises, notamment les grandes, sont désarçonnées par le diplôme d'ingénieur maître. Certaines, comme la Snecma, IBM et la SNCF, ont toutefois réussi à le caser dans leur grille de classification. Pour s'adapter à la fameuse réforme du « trois ans, cinq ans, huit ans » chère à Claude Allègre, le ministre de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, les IUP n'ont d'autre choix que de se transformer rapidement en bac + 5. Dommage ! Car ces bac + 4 convenaient parfaitement à des PME désireuses d'étoffer leur encadrement.

Auteur

  • Jean-Philippe Dubosc