CGT : autopsie de vingt années de crise
Image

Au travers d’une quarantaine de contributions de chercheurs et de syndicalistes de la CGT, ce vaste ouvrage sonde la crise du syndicat des années 1975 à 1995. Une période « catastrophique pour la CGT », qui perdra son leadership, « passant de 1,8 million à 500 000 adhérents » au cours de ces deux décennies. Les auteurs parlent d’une période « d’intense déstabilisation », de la montée du chômage en 1974 au déclin de l’industrie ouvrière qui privera le syndicat de militants et de ressources. Une perte de repère « identitaire » sur le plan politique également, avec l’effondrement du PCF alors proche des cégétistes, la défiance des socialistes sous Mitterrand qui donnera « la primauté à la CFDT », selon eux.

Tensions internes

S’ouvrant sur le 40e congrès en 1978 sous Georges Seguy jusqu’au 45e en 1995 à l’époque de Louis Viannet, qui marquera un certain virage « moderniste » de la CGT pour enrayer la chute des militants, ouvrant la porte aux discriminations au travail, « pour répondre aux luttes féministes, aux travailleurs immigrés ou à la lutte contre l’homophobie », le livre évoque les tensions au sein de la confédération (partie, hélas, un peu laborieuse), entre ligne révolutionnaire, communiste et réformiste. Le choix de s’arrêter à 1995, année où la CGT avait repris des couleurs avec la grève et le retrait du plan Juppé, est un peu frustrant. Même s’il reflète une crise du militantisme qui se ressent dans les mobilisations actuelles.

Dur virage

Le livre aborde de multiples sujets : batailles – perdues – du syndicat face à la privatisation de l’ex-PTT, mais aussi analyses de lutte dans des entreprises de la sidérurgie ou de l’aérospatiale au cours de ces vingt ans, un peu datées. La lecture vaut surtout pour son analyse politique et sociale. Les auteurs ne nient pas la concurrence des nouveaux syndicats (FSU dans la fonction publique), la rapide progression des cadres qui a échappé à la CGT et « sa dangereuse solitude » face « à la CFDT recentrée qui dispute à FO le titre de partenaire privilégié du patronat et des pouvoirs publics ». Lors des lois Auroux, la CGT reconnaît avoir eu du mal à convaincre les militants de négocier, qui plus est avec des listes cégétistes dans les ex-comités d’entreprise divisées par deux entre 1975 et 1996. La CFDT en prend pour son grade, avec sa culture de la négociation « pour produire des droits de plus en plus en conquis en échanges de recul » sur le Code du travail. Mais, au-delà, le livre sonne comme une réflexion sur la difficulté à fédérer dans un monde du travail « de plus en plus sous-traité et précaire ». Les allers et retours entre travail et chômage : un enjeu valable pour tous les syndicats.

La CGT (1975-1995). Un syndicalisme à l’épreuve des crises.

Coordonné par Sophie Béroud, Elyane Bressol, Jérôme Pélisse et Michel Pigenet., éditions Arbre bleu, 544 pages, 27 euros.