Un million de trop
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963 000. Voilà un chiffre qui devrait faire réfléchir les candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars. C’est le nombre de jeunes entre 16 et 25 ans qui, en 2018, n’étaient « ni en études, ni en emploi, ni en formation ». Les fameux NEET, selon la terminologie européenne. Les statisticiens du ministère du Travail ont beau observer qu’ils étaient plus d’un million trois ans plus tôt, le constat n’a rien de réjouissant. Car ces jeunes cumulent les handicaps : absence de diplôme voire sous-qualification, chômage, précarité… Une moitié d’entre eux sont des chômeurs au sens du BIT, c’est-à-dire qu’ils aspirent et s’activent à trouver du travail. Mais il en reste pratiquement autant, 500 000, qui sont inactifs, dont 350 000 qui ne souhaitent pas travailler pour des motifs divers et variés, raison de santé, garde d’enfant(s), aide à un proche dépendant ou, simplement, désocialisation.

Avec 13 % de Neet parmi les jeunes de moins de 25 ans, la France se place parmi les mauvais élèves européens, avec l’Italie, la Grèce ou l’Espagne. Et de cela, il n’y a pas de quoi se vanter, parce que les politiques de l’emploi, dans l’Hexagone, ont ciblé cette population depuis près de quarante ans, à coups d’emplois aidés, d’exonérations et d’allègements de charges, d’emplois jeunes, et, plus récemment, de dispositifs comme la garantie jeunes ou les emplois francs. Ce million de jeunes oisifs renvoie chacun à sa mauvaise conscience et à son devoir. Aux carences de notre système d’éducation, de formation et d’orientation, même si la loi de juillet 2019 dite « pour une école de la confiance » va réduire ces bataillons de jeunes désœuvrés, en prolongeant de 16 à 18 ans la formation obligatoire, par l’apprentissage, le service civique, l’insertion sociale ou professionnelle.

Ce million de Neet oblige aussi les futurs élus locaux qui géreront, demain, les quelque 35 000 communes françaises. Car une majorité de ces jeunes frappent, malgré tout, à la porte d’une agence de Pôle emploi, d’une mission locale, d’une association ou d’un organisme public. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont ni dans les communes rurales ni dans les plus grandes métropoles que la part de ces jeunes est la plus importante, mais dans les zones urbaines, à taille humaine. Même si la figure du maire a perdu de son lustre, c’est l’élu qui conserve le plus de crédit auprès de nos concitoyens. Les nouveaux édiles de 2020 s’honoreraient à faire de ces jeunes « décrocheurs » une de leurs priorités.