Les salariés de la Société Générale, des virtuoses à la Philharmonie
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Jouer sur des scènes aussi prestigieuses que la Salle Pleyel et la Philharmonie de Paris sous la direction d’un grand chef, un rêve sûrement inaccessible. C’est pourtant l’opportunité offerte par la Société Générale à ses collaborateurs depuis 2012. Émanant du mécénat culturel de la banque, Playing for Philharmonie rassemble autour du chef d’orchestre François-Xavier Roth les musiciens professionnels de l’orchestre Les Siècles et des salariés de l’entreprise, instrumentistes ou choristes amateurs. Après avoir vibré en assistant aux premières éditions en tant que spectateur, Jean-Louis s’est lancé le défi de quitter le confort de sa salle de bains pour rejoindre le projet en tant que ténor il y a deux ans. « Je n’avais encore jamais osé sauter le pas de m’exposer au regard des autres. Mais j’ai été séduit par la symbiose et la bienveillance entre les membres de l’orchestre. Même si je n’avais jamais pratiqué le chant, je ne craignais pas de me sentir exclu malgré mon petit niveau », confie-t-il. Le point de départ de cette initiative ? Un mini-concert donné par l’orchestre dans la nef du siège de l’entreprise, à la Défense, au cours duquel les chœurs de la Société Générale ont été conviés à chanter un air d’opéra. « Depuis longtemps, la Société Générale était mécène de l’orchestre Les Siècles mais ce partenariat était très institutionnel. Nous avions la volonté d’embarquer les collaborateurs dans une aventure musicale. Après ce concert lors de la fête de la musique, un moment absolument incroyable, François-Xavier Roth m’a proposé de faire travailler ensemble les collaborateurs amateurs et l’orchestre professionnel sur le long terme », raconte Caroline Guillaumin, la directrice des ressources humaines à l’origine du programme. Depuis le premier concert à la Salle Pleyel, un millier de collaborateurs ont participé à ce projet orchestral. Pour s’assurer qu’un maximum de personnes peuvent goûter au plaisir de monter sur scène, les deux tiers des 300 choristes sont renouvelés tous les deux ans.

De l’individuel au collectif

Devant l’afflux des candidatures, la procédure de sélection est stricte, avec en prime une audition devant les chefs d’orchestre en vue d’équilibrer les tessitures. « Comme le chœur est ouvert aux amateurs, la sélection se base sur la motivation et l’envie de s’investir plus que sur les compétences musicales. Les collaborateurs doivent s’engager à travailler énormément pour atteindre un niveau d’excellence. On est transparent dès le début sur nos exigences », insiste Caroline Guillaumin, qui a intégré l’orchestre en tant que violoncelliste. Et en effet, Playing for Philharmonie peut virer au sacerdoce : dix-huit mois de répétition au rythme d’une séance une fois par semaine, des week-ends entiers à l’approche du concert, sans compter le travail à la maison. « Même si nous avons plus de temps devant nous pour arriver au résultat final, le niveau d’exigence reste le même qu’avec un orchestre professionnel. Les salariés vont devoir présenter leur travail devant la plus grande salle du monde », prévient François-Xavier Roth. L’objectif de ces répétitions : apprendre à écouter ses camarades et à suivre les directives du chef d’orchestre pour réussir à faire surgir un son commun unique. « Alors qu’en milieu professionnel, vous devez prouver qu’individuellement vous êtes le meilleur, dans un orchestre, les talents de tous s’harmonisent et sont au service d’une performance artistique collective », explique Caroline Guillaumin. En plus de développer des savoir-être (écoute active, communication, bienveillance…), ce programme a un autre atout, celui de créer des liens solides entre des collaborateurs qui n’exercent pas le même métier. « Dans un monde comme la banque, ce projet réussit à gommer les différences statutaires. Un directeur délégué peut être moins à l’aise avec son instrument et demander de l’aide à une assistante de projet. On apprend à collaborer en dehors de tout cadre hiérarchique », souligne la DRH. Car dans cette aventure humaine où se mêle professionnels et amateurs, l’entraide est le maître-mot. « L’année dernière, les partitions étaient en allemands et, comme je n’étais pas à l’aise dans la langue, j’avais des difficultés à les comprendre. Mon voisin m’a aidé à les travailler en dehors des répétitions. On se soutient et on apprend les uns des autres. Cela nous tire vers le haut et nous pousse à ne pas abandonner », assure Jean-Louis. Il poursuit : « On n’a pas l’habitude de chanter devant un si grand public. Il faut savoir gérer son trac. Chanter à la Philharmonie et entendre sa voix avec l’effet acoustique de cette salle, c’est impressionnant. Cela procure de grandes émotions. » Pour la Société Générale, ce programme suscite un fort sentiment de reconnaissance chez ses salariés, à qui elle donne la possibilité d’exercer leur passion, et de transformer un rêve en réalité.