Total assigné en justice : on ne peut plus polluer tranquille ?

Alors que chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles pour la planète, les entreprises contribuant à la pollution atmosphérique et à la dégradation des conditions de vie sur terre ont de plus en plus de soucis (légaux) à se faire. En janvier dernier, Total a ainsi été assigné en justice par quatorze collectivités territoriales et par cinq associations, dont France nature environnement qui entend rehausser « les ambitions climatiques » du groupe énergétique. Selon cette association, Total « est à l’origine de 1 % des émissions mondiales de CO2chaque année », ce qui contrevient à l’accord de Paris signé en 2016 mais aussi au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre, obligation légale, votée en 2017, qui leur impose de déployer des mesures propres à « identifier et à prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes, ainsi que l’environnement ». Les plaignants, qui assurent détenir des preuves scientifiques attestant que Total n’en fait pas assez pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, souhaitent rendre « opposable pour la première fois l’objectif universel formalisé dans l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré ». Si la procédure engagée devant le tribunal de Nanterre s’annonce longue, elle est révélatrice d’un changement de paradigme à l’égard des entreprises polluantes. Le temps du greenwashing semble révolu, et les contre-pouvoirs sont de plus en plus déterminés à ne pas se laisser réchauffer sans rien faire. En avril dernier, 2 000 militants écologistes avaient ainsi bloqué l’accès aux bâtiments de Total et d’EDF à la Défense. Quelques mois plus tard, « The Guardian » révélait le nom des 20 compagnies responsables à elles seules d’un tiers des émissions de CO2 dans le monde. Total y était à la 17e place.