Le dialogue social à l’épreuve du CSE

Comment se porte le dialogue social à l’heure où le Comité social et économique a définitivement remplacé les ex-instances représentatives du personnel ? Pas très bien, mon capitaine… À en croire 55 % des 872 représentants de salariés interrogés par l’Ifop qui le qualifient sans ambages de « dégradé ». Ainsi, une élue de CSE, dans une entreprise de 3 000 personnes, pointe-t-elle un risque de burn-out lié à la lourdeur du mandat, quand 39 % des sondés dénoncent un affaiblissement de leur poids face à la direction et une moins bonne prise en compte des enjeux de la santé au travail. À noter qu’ils sont presque autant (36 %) à redouter une diminution de leurs moyens, avec des heures de délégation quasiment réduites de moitié, entraînant, pour les plus combatifs, l’obligation de bûcher leurs dossiers à la maison, faute de disposer d’assez de temps dédié à leur mandat sur leur lieu de travail. La disparition de l’instance CHSCT interroge nombre d’élus sur la capacité du CSE à traiter à la fois les sujets économiques et les enjeux liés à la santé et à la sécurité du travail, alors que près d’un tiers des représentants considère comme prioritaires les problématiques liés aux conditions de travail et aux risques psychosociaux. Quand on leur demande à qui bénéficie la fusion des instances représentatives, le résultat est sans appel : les directions sont perçues comme les gagnantes de cette réforme pour 78 % des élus interrogés. Les salariés (à 57 %) et les syndicats (à 44 %) étant présentés comme les grands perdants de cette nouvelle organisation. Une élue en CSE depuis huit mois et représentante du personnel dans son entreprise depuis 1999 lâche, en guise de conclusion, cette formule lapidaire : « On n’a pas forcément des interlocuteurs qui sont dans la négociation, on est dans le chantage et dans le rapport de force. » Soit l’antithèse du dialogue.