David Rivoire : « Il faut changer de paradigme »
Vous faites partie, avec Claire Khecha et Yanic Soubien, des trois experts chargés par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, de faire des propositions pour développer la VAE1. Un serpent de mer ?

David Rivoire : J’ai été l’un des rédacteurs, il y a deux ans, d’un rapport de Terra Nova sur le sujet, mais il s’agissait d’une initiative personnelle. Cette fois, la demande émane du gouvernement et le contexte a changé : la loi choisir son avenir professionnel, qui met l’accent sur la notion de compétences, relance l’intérêt pour la VAE. Celle-ci est un des outils offrant à des personnes de valider des compétences qui vont leur permettre de s’insérer sur le marché du travail ou d’évoluer professionnellement. Or, ce dispositif créé il y a 18 ans reste sous-utilisé. Deux principales raisons à cela : le manque de fluidité du système, avec des délais trop longs qui découragent les candidats, et une trop grande rigidité. La VAE est en effet conçue comme un moyen de faire reconnaître des compétences pour obtenir un diplôme mais pas suffisamment comme une voie possible pour évoluer professionnellement.

C’est-à-dire ?

D. R. : Aujourd’hui, nous réfléchissons sur ce que nous appelons « la VAE inversée ». La possibilité de déployer des actions permettant, par le travail, d’acquérir des compétences définies en amont, est un levier pour raccrocher les jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification et d’en faire un tremplin. C’est aussi un moyen, grâce à l’obtention d’un diplôme, de « concrétiser » l’action de formation en situation de travail (Afest) à travers la reconnaissance de compétences acquises par un jury indépendant. Pourquoi ne pas mettre à profit le temps entre le dépôt du dossier et la réunion du jury pour commencer à acquérir des compétences manquantes, identifiées en amont ? On pourrait également proposer des contrats de travail VAE comportant des modalités attrayantes. Les jeunes se formeraient pour acquérir des compétences opérationnelles mais aussi sociales avec la visite de musées, du coaching sportif… Nous allons faire des propositions en la matière.

D’après la lettre de mission, celles-ci doivent être transmises très rapidement…

D. R. : L’envoi de la lettre de mission, signée par plusieurs ministres, a pris du retard. Nous devrions remettre nos conclusions entre la mi-mars et la fin mars.

(1) Lire également en page 13.