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Dubaï : la ville rêvée pour les Occidentaux ?

Idées | Livres | publié le : 01.06.2019 | Lydie Colders

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Dubaï : la ville rêvée pour les Occidentaux ?

Crédit photo Lydie Colders

Dubaï : nouvel eldorado pour les Français ? Dans cette très belle enquête, la sociologue Amélie Le Renard plonge au cœur des inégalités du marché du travail de cette ville des Émirats arabes unis aux multiples nationalités, qui profiterait en priorité aux « titulaires d’un passeport occidental ». Si la chercheuse part de l’héritage postcolonial de l’ex-protectorat britannique pour expliquer « cette croyance dans la supériorité des formations et des compétences occidentales », son approche est vivante et très contemporaine. Donnant largement la parole à une centaine de Français installés dans « cette ville-entreprise », son livre montre les nombreux avantages dont ils bénéficient en matière de salaires, de progressions de carrière « parfois fulgurantes » ou de conditions de vie. Si Dubaï s’enorgueillit de son multiculturalisme, la « blanchité » est souvent privilégiée dans l’embauche des entreprises, qu’elles soient indiennes ou dubaïotes, souligne l’auteure. Une faveur qu’elle explique par la volonté de cette ville néolibérale de « promouvoir son image de marque occidentale » avec son industrie basée sur le tourisme de luxe.

Discrimination par nationalité

Des pratiques de recrutement aux évolutions de carrière, jusqu’au mode de vie parfois luxueux des familles d’expatriés à Dubaï qui emploient des domestiques philippines, la sociologue ausculte les privilèges des Occidentaux et les inégalités « vertigineuses » dans l’emploi, selon les pays. Sans caricaturer le propos (certains témoignages, s’ils illustrent de la possibilité pour un jeune diplômé français de faire carrière rapidement, montrent aussi un fort turnover et des horaires à rallonge dans une ville très peu encadrée par le droit du travail), la lecture des témoignages est passionnante. Amélie Le Renard a interviewé des cadres RH, des chasseurs de têtes, des créatrices de start-up, des managers, des jeunes diplômés, expatriés ou embauchés en contrat local, venus chercher un meilleur salaire dans le Golfe… Les récits montrent « un a priori positif » pour les Français –  un employeur libanais parle même d’« une plus-value ». Le livre atteste d’un marché du travail discriminant selon la nationalité – en tout cas très concurrentiel – où un manager français ou américain sera mieux payé que son homologue jordanien ou égyptien…

Culte de la représentation

Pour ceux qui seraient tentés par le chic artificiel de Dubaï et ses salaires confortables, l’ouvrage regorge d’informations sur les codes en vigueur : « networking omniprésent », culte de l’image en entretien, anglais sans trop d’accent : « Il s’agit de performer à l’occidentale », résume l’auteure. Faute de législation, les discriminations selon la religion seraient monnaie courante : « Certains recruteurs ne veulent pas de femmes voilées. Ici, ce n’est pas tabou », confie une chargée de recrutement française. Édifiant.

Le privilège occidental : travail, intimité et hiérarchies postcoloniales à Dubaï.

Amélie Le Renard, éd. Presses de Sciences Po, 272 pages, 24 euros.

Auteur

  • Lydie Colders